Le Canada dégaine en premier
Le Canada vient d'annoncer l'interdiction de la quasi-totalité de ses distributeurs automatiques de cryptomonnaies, soit près de 4 000 appareils sur son territoire. Les autorités canadiennes qualifient ces ATMs de "méthode principale" utilisée dans les schémas de fraude et de blanchiment d'argent. La décision est radicale et sans ambiguïté : ces machines disparaîtront du paysage financier canadien.
La mesure n'est pas isolée. L'Australie travaille à élargir les pouvoirs de son agence anti-blanchiment sur ce vecteur spécifique, tandis que la Nouvelle-Zélande prépare de son côté une interdiction totale. En quelques mois, trois pays du Commonwealth convergent vers la même conclusion : les ATMs crypto constituent un risque systémique jugé inacceptable.
Des chiffres qui alimentent la décision
Les données américaines donnent une mesure concrète du phénomène. Le FBI a enregistré 13 460 plaintes directement liées aux distributeurs automatiques de cryptomonnaies aux États-Unis sur l'année 2025, pour un total de 389 millions de dollars de pertes déclarées. Ce chiffre représente une hausse de 58 % en un an, une progression qui dépasse largement la croissance de l'usage de ces appareils sur la même période.
Ces statistiques sont régulièrement mobilisées par les régulateurs pour justifier une action législative. Elles documentent principalement des arnaques ciblant des personnes âgées ou peu familières des cryptomonnaies, contraintes de déposer des fonds en cash via ces terminaux sous pression de fraudeurs.
Protection ou prétexte ?
La question que pose France Cryptos mérite d'être posée sans détour. Les ATMs crypto ont une caractéristique que les régulateurs n'apprécient pas : ils permettent de convertir du cash en actifs numériques avec un niveau de traçabilité limité, sans passer par un intermédiaire bancaire traditionnel. Interdire ces appareils revient à fermer l'un des derniers points d'entrée dans l'économie crypto accessible sans compte bancaire ni vérification d'identité approfondie.
L'argument de la lutte contre la fraude est réel et documenté. Mais la coïncidence de ces interdictions avec une poussée globale vers la réduction du cash physique invite à une lecture plus large. Supprimer les passerelles entre cash et crypto, c'est aussi renforcer la dépendance aux circuits financiers surveillés. Le débat entre protection effective et contrôle des flux financiers reste entier.




