Un retournement macro brutal que les banques centrales ignorent
L'inflation en zone euro a repassé le seuil des 3 %, portée en grande partie par un baril de Brent qui s'échange désormais autour de 120 dollars. Le choc est d'autant plus marquant que le consensus de marché, il y a quelques mois à peine, tablait sur un scénario inverse : une désinflation progressive permettant à la BCE et à la Banque d'Angleterre d'entamer un cycle d'assouplissement en 2026.
Ce scénario est aujourd'hui caduc. Les marchés dérivés intègrent désormais trois hausses de 25 points de base de la BCE d'ici la fin de l'année 2026, et deux à trois relèvements supplémentaires de la BoE d'ici décembre. Un pivot complet par rapport aux anticipations récentes.
L'attentisme de Lagarde et Bailey face au risque géopolitique
Face à cette pression inflationniste, Christine Lagarde et Andrew Bailey ont pourtant opté pour l'immobilisme. Leur pari : que le conflit entre les États-Unis et l'Iran s'essouffle avant que l'inflation ne s'enracine durablement dans les économies européennes. C'est un calcul risqué, et les marchés obligataires l'ont déjà sanctionné. Les obligations européennes décrochent, signal que les investisseurs ne croient plus à la maîtrise de la situation par les banques centrales.
Le problème structurel est là : en attendant, Lagarde et Bailey laissent les anticipations d'inflation se désancrer, ce qui rend précisément le travail de désinflation ultérieur plus coûteux. L'histoire monétaire récente a montré que l'attentisme face à un choc d'offre persistant se paie toujours.
L'ère des taux bas, présentée comme acquise pour 2026, s'éloigne donc à mesure que le choc pétrolier dure. Et la stagflation, combinaison de croissance faible et d'inflation élevée, redevient un scénario central que peu d'acteurs de marché osaient encore modéliser en début d'année. Pour les actifs risqués, crypto inclus, l'environnement macro qui se dessine est nettement moins favorable que ce que le consensus anticipait.



