"Ralentissez si vous voulez, mais sans permission"
David Sacks, conseiller IA de Donald Trump, a répondu publiquement à Anthropic et OpenAI avec une franchise qui tranche avec le langage diplomatique habituel de Washington : "ralentissez si vous voulez, mais arrêtez de prétendre avoir besoin de la permission de qui que ce soit". Assis aux côtés du président lors d'une réunion à la Maison-Blanche, Sacks s'est positionné en défenseur d'un développement de l'IA sans tutelle réglementaire concertée entre acteurs privés.
Sa cible est précise. Il accuse les deux laboratoires, qu'il désigne comme un duopole sur l'IA de pointe, de réclamer simultanément une suspension du droit de la concurrence pour "former un cartel" et l'instauration d'un régime d'autorisation réglementaire. Ce régime, selon lui, ne viserait pas à protéger le public : il remplacerait leur responsabilité juridique directe par un tampon administratif, transférant le risque vers l'État.
L'épisode Hugging Face, déclencheur d'une exposition en responsabilité
Derrière la rhétorique, Sacks pointe une motivation concrète. Après l'épisode Hugging Face, Anthropic et OpenAI feraient face à une exposition massive en responsabilité produit si leurs modèles venaient à permettre une cyberattaque. Obtenir un régime d'autorisation préalable leur offrirait un bouclier : une entreprise qui a reçu le feu vert d'un régulateur peut plus facilement contester sa responsabilité en cas de dommage.
Cette lecture transforme la demande de régulation en stratégie défensive d'entreprise, pas en démarche de sécurité publique. C'est précisément ce que Sacks refuse de valider.
Capture réglementaire ou opération électorale
Si les deux sociétés ne s'engagent pas unilatéralement à ralentir leur développement, Sacks annonce qu'il y verra "une nouvelle tentative de capture réglementaire, ou une opération psychologique de campagne électorale". La formulation est volontairement binaire : soit un lobbying classique déguisé en altruisme, soit une manœuvre politique à l'approche d'une échéance.
Côté marchés, les investisseurs ne semblent pas anticiper un affaiblissement des deux laboratoires : selon les marchés de prédiction, la probabilité qu'Anthropic ou OpenAI soit la première à entrer en bourse atteint 94% au moment du tweet et celle qu'Anthropic affiche une valorisation supérieure à Google fin décembre est créditée à 91%. Microsoft et Google, exposés indirectement via leurs participations respectives, restent les deux autres acteurs dont la trajectoire dépend en partie de l'issue de ce bras de fer réglementaire. La pression de Sacks sur les deux laboratoires s'inscrit donc dans un contexte où leur valorisation et leur calendrier d'introduction en bourse sont scrutés de très près.











