Points clés
- Depuis 20 mois consécutifs, la PBOC déclare des hausses de ses réserves d'or
- Goldman Sachs estime 48 tonnes acquises en mai 2026 via le marché de gré à gré de Londres, contre 10 tonnes déclarées officiellement
- En juin, la PBOC a officiellement ajouté 15 tonnes, son plus gros achat mensuel depuis octobre 2023
- Sur le premier semestre 2026, les additions officielles atteignent 40 tonnes, mais l'accumulation réelle approcherait 80 tonnes selon Goldman Sachs
- Deux lectures stratégiques : dédolarisation structurelle et signal de solvabilité souveraine
Un écart massif entre chiffres officiels et estimations de marché
Depuis 20 mois consécutifs, la Banque populaire de Chine (PBOC) déclare des hausses de ses réserves d'or. Mais les volumes réels dépasseraient largement ce que Pékin communique. En mai 2026, Goldman Sachs estime que la Chine a acquis environ 48 tonnes d'or via le marché de gré à gré de Londres, un record mensuel sur plus d'un an. La PBOC, elle, n'a déclaré que 10 tonnes pour ce même mois, soit un ratio de 4,8 fois entre l'estimation de la banque américaine et les données officielles.
Cet écart n'est pas un accident de calendrier ni une divergence méthodologique ponctuelle. Il se reproduit mois après mois et Goldman Sachs le documente en s'appuyant sur les flux observables du marché londonien de gré à gré, un canal qui échappe en partie à la comptabilité officielle des banques centrales. La répétition de cet écart sur une aussi longue séquence de 20 mois consécutifs transforme ce qui pourrait sembler être un simple décalage de reporting en un schéma délibéré.
En juin, la PBOC a officiellement ajouté 15 tonnes, son plus gros achat mensuel depuis octobre 2023 selon le World Gold Council. Ce chiffre officiel est lui-même notable : il marque une accélération visible dans les données déclarées, ce qui rend d'autant plus frappant le fait que les estimations de marché suggèrent que la réalité dépasse encore largement ce niveau. Sur l'ensemble du premier semestre 2026, les additions officielles atteignent 40 tonnes cumulées. En appliquant un ratio conservateur de 2 fois à ce chiffre, l'accumulation réelle approcherait plutôt 80 tonnes sur la période, selon l'analyse de Goldman Sachs relayée par Investing Live.
La qualification de ce ratio comme "conservateur" est importante : Goldman Sachs lui-même retient 2 fois comme hypothèse prudente, alors que le seul mois de mai affiche un ratio de 4,8 fois entre estimation et déclaration officielle. Autrement dit, 80 tonnes sur le semestre constitue probablement un plancher, non un plafond.
Dédolarisation et signal de solvabilité
Derrière ces volumes se lisent deux messages distincts. Le premier est structurel : l'accumulation d'or s'inscrit dans la continuité de la stratégie de dédolarisation chinoise, qui vise à réduire la dépendance aux actifs libellés en dollars dans les réserves de change de la PBOC. Chaque tonne d'or ajoutée aux réserves est une tonne qui n'est pas détenue sous forme d'obligations du Trésor américain ou d'autres instruments en dollars. Sur la durée, cette substitution modifie la structure même du bilan de la banque centrale chinoise.
Le second message est plus défensif. Constituer des réserves d'or tangibles renforce la capacité de la Chine à honorer ses engagements financiers en cas de crise. C'est un signal adressé aux détenteurs d'obligations d'État chinoises : Pékin dispose d'un filet de sécurité en dehors du système dollar. Dans un contexte de tensions commerciales et de fragmentation financière mondiale, ce type de garantie implicite pèse sur la perception du risque souverain chinois. Un État qui accumule de l'or physique envoie le message qu'il peut régler ses dettes sans dépendre de la liquidité en dollars, ce qui réduit théoriquement le risque de défaut aux yeux des créanciers internationaux.
L'opacité partielle des déclarations officielles ne fait qu'amplifier l'incertitude sur l'ampleur réelle du repositionnement. Ce que Goldman Sachs capte via les flux du marché londonien de gré à gré donne une mesure indirecte, mais l'écart avec les chiffres de la PBOC, documenté mois après mois, suggère que la stratégie d'accumulation est délibérément sous-communiquée. Que ce choix relève d'une volonté de ne pas signaler l'ampleur du pivot ou d'une simple différence de périmètre comptable, le résultat est le même : les données officielles sous-estiment structurellement ce que Pékin accumule réellement en or physique.










