Un portefeuille qui défie les marchés
En 2021, interrogée sur l'interdiction du trading boursier pour les membres du Congrès américain, Nancy Pelosi a répondu sans détour : "Non, c'est un marché libre." La réponse a fait le tour des réseaux. Les chiffres qui l'accompagnent méritent pourtant qu'on s'y attarde sérieusement.
Avec près de 39 années passées au Congrès et un salaire annuel moyen de 168 000 dollars, l'élue démocrate affichait à l'époque un patrimoine estimé à 280 millions de dollars. Un écart difficile à expliquer par le seul cumul de revenus publics.
Le portefeuille, géré principalement par son mari Paul Pelosi, est concentré sur un segment précis : la Big Tech américaine. Apple, Microsoft, NVIDIA, Alphabet, Amazon, Meta et Netflix constituent l'essentiel des positions. Beaucoup de ces positions sont prises via des options d'achat, des calls, un instrument qui amplifie mécaniquement les gains lorsque les cours progressent.
Des chiffres qui posent question
Les déclarations obligatoires font état de plus de 200 transactions pour un volume cumulé d'environ 260 millions de dollars. La performance estimée sur plusieurs années atteint +150 % cumulés, un résultat largement supérieur à celui du S&P 500 sur la même période.
Ce type de rendement, obtenu via des instruments à effet de levier sur des valeurs technologiques au coeur des décisions législatives et réglementaires du Congrès, alimente depuis des années le débat sur les conflits d'intérêts potentiels des élus américains. Plusieurs propositions de loi visant à interdire ou encadrer strictement le trading des membres du Congrès ont été déposées, sans jamais aboutir.
Le cas Pelosi est devenu emblématique de cette tension entre liberté individuelle revendiquée et exigence de probité attendue des représentants du peuple. La question n'est pas tranchée sur le plan juridique, mais elle reste entière sur le plan éthique.


