Points clés
- Sanofi réduit ses abonnements Salesforce et ServiceNow au profit d'agents IA développés en interne
- L'outil maison Concierge, lancé en octobre 2024, est utilisé par 60 000 employés, soit environ 80% des effectifs
- L'économie potentielle est chiffrée à 10 millions d'euros par an
- L'action Salesforce ($CRM) a reculé de plus de 50% depuis son pic de décembre 2024
Sanofi taille dans ses licences SaaS
Sanofi a décidé de réduire ses abonnements à Salesforce et ServiceNow au profit d'agents IA développés en interne. Le laboratoire pharmaceutique français, fort de 75 000 salariés et d'une capitalisation boursière d'environ 100 milliards de dollars, a lancé en octobre 2024 un outil maison baptisé Concierge. Résultat : 60 000 employés, soit environ 80% des effectifs, l'utilisent désormais au quotidien, selon Fortune.
L'économie potentielle est chiffrée à 10 millions d'euros par an. Ce gain provient principalement de la capacité des agents IA à traiter de manière autonome jusqu'à 80% des demandes informatiques internes, sans passer par les workflows des éditeurs traditionnels. Concrètement, cela signifie que la grande majorité des tickets et requêtes que les salariés adressaient autrefois à des plateformes tierces sont désormais absorbés directement par Concierge, sans générer de coût de licence supplémentaire à chaque interaction.
Le directeur des données de Sanofi, Emmanuel Frenehard, a clairement écarté le modèle des agents interconnectés proposés par Salesforce, ServiceNow ou SAP, lui préférant une architecture centrée sur un lac de données interne. Ce choix architectural n'est pas anodin : en conservant la maîtrise de ses données au sein d'une infrastructure propriétaire, Sanofi s'affranchit de la dépendance aux écosystèmes fermés des grands éditeurs, tout en gardant le contrôle sur la gouvernance et la traçabilité des flux d'information. Pour un groupe évoluant dans un secteur aussi réglementé que la pharmacie, cette logique de souveraineté sur les données pèse autant que l'argument financier.
Le modèle SaaS classique sous pression
Sanofi n'est pas seul dans cette démarche. Plusieurs grandes entreprises internalisent désormais leurs outils d'automatisation, contournant les éditeurs historiques dont les licences représentaient des postes de dépenses considérables. Ce mouvement de fond frappe directement les valorisations boursières : l'action Salesforce ($CRM) a reculé de plus de 50% depuis son pic de décembre 2024.
Face à cette pression, le patron de Salesforce a réagi en affirmant qu'on ne peut pas "coder à la volée" un logiciel aussi fiable et sécurisé qu'une solution d'entreprise classique. L'argument de la robustesse et de la conformité reste la ligne de défense des éditeurs SaaS. La thèse est compréhensible : des décennies d'itérations, d'audits de sécurité et de certifications sectorielles ne se reproduisent pas en quelques mois de développement interne. Mais pour des groupes comme Sanofi, qui opèrent dans un secteur très réglementé et disposent des ressources humaines et techniques pour construire leur propre infrastructure IA, la promesse d'économies à huit chiffres pèse lourd dans la balance. Lorsqu'un outil maison parvient à couvrir 80% des cas d'usage internes dès ses premiers mois d'existence, la question de la valeur ajoutée résiduelle des licences tierces devient difficile à esquiver.
La tension entre les deux camps se cristallise autour d'une question de fond : jusqu'où les grandes entreprises peuvent-elles aller dans l'internalisation sans sacrifier la fiabilité et la conformité réglementaire ? Pour l'heure, Sanofi semble avoir tranché en faveur de l'autonomie, en s'appuyant sur son lac de données interne plutôt que sur les architectures d'agents proposées par Salesforce, ServiceNow ou SAP.
L'enjeu dépasse le seul cas Sanofi : si les grandes entreprises continuent de substituer des agents IA maison à des abonnements SaaS, c'est le modèle économique entier des éditeurs de logiciels d'entreprise qui se trouve remis en cause. Les acteurs comme Salesforce ($CRM) et ServiceNow ($NOW) devront démontrer que leur valeur ne se limite pas à l'automatisation des workflows, mais repose sur des garanties de sécurité, d'interopérabilité et de conformité que les solutions internes ne peuvent pas encore égaler à grande échelle.







