Le 3 janvier 2009 à 18h15 UTC, quelqu'un appuie sur « entrée » et change le monde. Personne ne le sait encore.
Un message gravé dans le béton numérique
Satoshi Nakamoto mine le bloc 0 de Bitcoin, le genesis block. Dans le code de ce premier bloc, il glisse une phrase tirée du Times du jour : « The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks ». Traduction : le chancelier britannique Alistair Darling est sur le point d'injecter des milliards dans les banques pour la deuxième fois en quelques mois. Le système financier mondial est en train de craquer. Satoshi choisit ce moment précis, cette une précise, pour lancer son alternative.
Ce n'est pas un hasard. C'est un manifeste encodé dans la blockchain pour l'éternité.
La récompense du bloc : 50 BTC, envoyés à l'adresse 1A1zP1eP5QGefi2DMPTfTL5SLmv7DivfNa. Sauf que ces 50 BTC ne seront jamais dépensés. Jamais. La structure même du genesis block les rend inaccessibles, une particularité technique qui ressemble presque à un geste symbolique : ces coins n'appartiennent à personne.
Zéro valeur, zéro audience
En janvier 2009, Bitcoin ne vaut rien. Pas « presque rien », rien. Il n'existe aucun exchange, aucun marché, aucun prix. Le réseau tourne sur quelques machines, partagé sur une liste de diffusion de cryptographes, cryptography@metzdowd.com. Le premier échange BTC contre des dollars n'aura lieu qu'en 2010.
Satoshi mine seul, avec une difficulté réglée au minimum : version 1, difficulté 1. Le réseau Bitcoin, c'est lui. Juste lui.
La blockchain démarre à la hauteur 0. Un seul bloc. Une chaîne de un maillon.
Ce que valent ces 50 BTC aujourd'hui
À 80 186 USD le bitcoin, les 50 BTC du genesis block représentent environ 4 millions de dollars. Bloqués pour toujours à l'adresse de Satoshi, visibles par n'importe qui, touchables par personne. 🔒
Seize ans plus tard, la blockchain Bitcoin compte plus de 880 000 blocs. Des milliers de nœuds tournent sur tous les continents. Et tout part de ce bloc 0, miné un samedi soir de janvier, pendant que les banques centrales imprimaient des milliards pour sauver un système que Satoshi avait décidé de contourner.