En septembre 2010, miner du Bitcoin seul commence à ressembler à jouer à la loterie avec un seul ticket.
La difficulté du réseau a bondi de 1 à plus de 10 000 en quelques mois. Les petits mineurs, armés de leurs CPU et GPU, attendent des semaines, parfois des mois, pour toucher une récompense. Parfois rien du tout. Marek Palatinus, un développeur tchèque que tout le monde appelle « Slush », voit le problème et décide de faire quelque chose.
Le 18 septembre 2010, il lance Bitcoin Pooled Mining, le tout premier pool de mining Bitcoin. Le principe est simple : des dizaines de mineurs mettent leur puissance de calcul en commun, et quand le pool trouve un bloc, chacun reçoit sa part proportionnelle au hash power apporté. Fini les longues semaines sans rien. Les revenus deviennent réguliers, prévisibles.
La mécanique qui change tout
Le modèle de Slush repose sur un payout proportionnel. Pas de magie, pas de promesse : tu contribues 1 % du hash power du pool, tu touches 1 % de la récompense. Ce système, que Palatinus invente presque par nécessité, sera copié par tous les pools qui suivront. AntPool, F2Pool, Foundry USA, ils tournent tous sur des variantes de ce même principe.
En 2010, le bitcoin s'échange autour de 0,06 USD. Un mois après le lancement du pool, il grimpe à 0,10 USD, soit +68 %. Un an plus tard, il dépasse 5 USD. Le timing n'est pas anodin : Slush Pool arrive exactement au moment où le mining commence à devenir sérieux.
Le plus vieux pool encore debout
Slush Pool tourne pendant onze ans sous ce nom avant de devenir Braiins Pool en 2021. Il reste à ce jour le plus ancien pool de mining actif. Palatinus co-fonde SatoshiLabs dans la foulée, la boîte derrière le hardware wallet Trezor.
Aujourd'hui, plus de 95 % du hashrate Bitcoin passe par des pools. Ce que Slush a bricolé dans son coin en 2010 est devenu l'infrastructure de base de toute l'industrie minière mondiale. À 80 186 USD le bitcoin, chaque bloc trouvé vaut une fortune. Et tout ça tourne encore sur le modèle qu'il a posé.