En décembre 2010, Visa, Mastercard et PayPal coupent les vivres à WikiLeaks. Résultat : l'organisation de Julian Assange se retrouve financièrement étranglée, incapable de recevoir les dons de ses soutiens à travers le monde. Six mois plus tard, WikiLeaks trouve une sortie de secours inattendue.
Le blocus qui accouche d'un cas d'usage
Le 14 juin 2011, WikiLeaks annonce qu'il accepte désormais les dons en Bitcoin. À ce moment, le BTC s'échange autour de 19,80 USD. Ce n'est pas une fortune, et la crypto reste un truc de geeks sur des forums obscurs. Mais pour WikiLeaks, c'est exactement ce qu'il faut : un réseau que personne ne peut couper.
Satoshi Nakamoto lui-même avait pourtant mis en garde contre cette idée quelques mois plus tôt, en décembre 2010, sur Bitcointalk. Il craignait que l'association de Bitcoin avec WikiLeaks n'attire trop tôt l'attention des gouvernements sur un protocole encore fragile. La communauté était divisée. WikiLeaks passe outre.
Dans les mois qui suivent, l'organisation récolte plus de 4 000 BTC. À 19,80 USD pièce au moment de l'annonce, ça représente environ 79 000 USD. Pas de quoi faire trembler les banques, mais suffisant pour prouver quelque chose d'essentiel : aucun État, aucune société de paiement ne peut bloquer une transaction Bitcoin.
L'addition vue de 2025
Ces 4 000 BTC valaient plus de 25 millions de dollars au pic de 2017. Aujourd'hui, au cours actuel de 80 186 USD, on parle de plus de 320 millions de dollars - si WikiLeaks les avait conservés. Le prix du BTC, lui, a pris -27,4% dans le mois suivant l'annonce, et -69,3% un an après. La volatilité était déjà là.
Mais ce qui reste, au-delà des chiffres, c'est le précédent. WikiLeaks a offert à Bitcoin son premier vrai test politique à grande échelle. Pas un achat de pizza entre passionnés, pas un échange sur un forum. Une organisation sous pression d'États et de multinationales, qui survit financièrement grâce à un réseau décentralisé. C'est ce jour-là que le concept de "résistance à la censure" est sorti du whitepaper pour entrer dans la réalité.