Sept agences gouvernementales chinoises signent un même document. Le 4 septembre 2017, la Banque populaire de Chine (PBOC) publie une annonce conjointe avec six autres régulateurs : les ICOs sont illégales, les exchanges doivent fermer, et les entreprises fautives ont l'obligation de rembourser chaque investisseur. Le marché encaisse le coup en direct.
Le jour où Pékin coupe le robinet
En 2017, la Chine pèse lourd dans la crypto. Plus de 90 % du mining Bitcoin passe par ses fermes, et des plateformes comme BTCC et Huobi concentrent des volumes massifs. Les ICOs, elles, lèvent des milliards en quelques mois, attirant autant de projets sérieux que d'arnaques éhontées. La PBOC voit le risque systémique monter et décide de trancher net.
L'annonce tombe un lundi matin. Le verdict est sans appel : toute ICO constitue « une activité de collecte de fonds illégale qui viole les lois chinoises sur les valeurs mobilières ». Les exchanges reçoivent l'ordre de cesser toutes les opérations. Les fondateurs de projets ICO doivent rembourser, sous peine de sanctions pénales. Pas de délai de grâce, pas de zone grise.
Bitcoin, qui s'échangeait à 4 612 $ la veille, plonge à 4 267 $ le jour même. En quelques jours, la chute dépasse les 40 %, le prix touchant les 2 800 $. C'est la première fois qu'un État de cette taille frappe aussi fort et aussi vite.
L'effet domino inattendu
La panique est réelle, mais l'histoire ne s'arrête pas là. Les exchanges chinois ne disparaissent pas : ils migrent. Huobi, OKEx et d'autres relocalisent leurs opérations à Hong Kong, Singapour, aux Seychelles. Le capital et les équipes s'exportent, et ces hubs deviennent des centres crypto majeurs en quelques mois.
Un an après l'annonce, le 4 septembre 2018, Bitcoin s'échange à 7 369 $, soit +72,7 % par rapport au jour du ban. Le marché a digéré le choc, et la Chine a paradoxalement contribué à internationaliser un secteur qu'elle voulait contenir.
Aujourd'hui, avec Bitcoin autour de 80 000 $, ce crackdown ressemble moins à une exécution qu'à une redistribution des cartes. Pékin a chassé la spéculation de son territoire, mais n'a pas tué la crypto. Elle l'a juste déplacée.