Le 24 août 2017, au bloc 481 824, Bitcoin change de vitesse sans que personne n'ait eu à forker de force.
Segregated Witness, dit SegWit, s'active sur le mainnet. Deux ans de guerre froide entre développeurs, mineurs et entreprises se terminent en un seul bloc. La communauté retenait son souffle depuis des mois.
La guerre des blocs, version courte
Tout part d'un problème simple : Bitcoin est lent. Un bloc d'1 Mo toutes les dix minutes, ça ne passe pas à l'échelle. Les « big blockers » veulent augmenter la limite de base. Les « small blockers », eux, préfèrent déplacer les données de signature hors du bloc principal pour gagner de la place sans toucher au protocole de fond.
Le bras de fer dure des années. En août 2017, les big blockers claquent la porte et lancent Bitcoin Cash. Pendant ce temps, les partisans de SegWit activent le BIP148, un User Activated Soft Fork : les utilisateurs menacent de rejeter les blocs des mineurs qui ne signalent pas SegWit. La pression monte. Les mineurs finissent par atteindre le seuil des 95 % de signalement requis sur deux semaines.
Au bloc 481 824, c'est plié.
Ce que SegWit change vraiment
La limite d'1 Mo reste en place, mais la capacité effective grimpe jusqu'à 4 Mo en séparant les données de signature du reste de la transaction. Plus de transactions par bloc, des frais moins élevés en théorie, et surtout : le bug de malléabilité des transactions est corrigé. Ce détail technique ouvre la voie au Lightning Network, le réseau de paiements instantanés en couche 2 que Joseph Poon et Thaddeus Dryja avaient imaginé deux ans plus tôt.
Le jour de l'activation, le BTC s'échange autour de 4 318 $. Sept jours plus tard, il touche 4 735 $, soit +9,7 %. Le marché valide.
Aujourd'hui à 80 186 $, SegWit ressemble moins à une mise à jour technique qu'à la décision qui a permis à Bitcoin de rester Bitcoin. Sans ce soft fork, le protocole aurait peut-être éclaté sous la pression des forks concurrents. La gouvernance décentralisée a tenu, au prix de deux ans de chaos.