Un homme monte sur scène à Miami en décembre 2017 et hurle « BITCONNECT ! » devant une foule en délire. Six semaines plus tard, tout s'effondre.
Bitconnect naît en 2016 au Royaume-Uni avec une promesse simple et absurde : dépose du bitcoin, reçois 1 % d'intérêts par jour. Composés. Soit 390 % par an, théoriquement. Dans le brouillard euphorique du bull run 2017, des milliers d'investisseurs ne posent pas de questions. Le token BCC monte jusqu'à 362 $. La plateforme affiche des milliards sous gestion. Les promoteurs YouTube encaissent leurs commissions d'affiliation et poussent leurs abonnés à plonger.
La chute en quelques heures
Le 16 janvier 2018, l'équipe Bitconnect publie un communiqué laconique : la plateforme cesse « immédiatement » ses opérations, invoquant une « incertitude réglementaire ». Traduction : les régulateurs texans et nord-caroliniens venaient d'émettre des injonctions. Le BCC s'effondre de 362 $ à moins de 2 $ en quelques heures. Plus de 99 % de la valeur, évaporée. Les investisseurs qui tentent de récupérer leurs fonds découvrent qu'on leur rembourse en BCC, pas en bitcoin. Un token qui ne vaut plus rien, pour compenser une perte en quelque chose qui vaut encore quelque chose.
Les pertes totales dépassent 2 milliards de dollars. Des milliers de familles, surtout en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, perdent des économies entières. Bitcoin lui-même prend un coup : il passe de 13 600 $ la veille à 11 200 $ le jour de l'annonce, puis continue de glisser.
Carlos Matos et l'après
Carlos Matos, l'avocat devenu mème planétaire avec son discours enflammé de décembre 2017, retombe dans l'anonymat. La vidéo, elle, tourne encore. En 2021, la SEC inculpe les fondateurs pour fraude dans un schéma de 2 milliards de dollars. Les class actions s'accumulent.
Aujourd'hui, avec le bitcoin autour de 80 000 $, l'ironie est cruelle : ceux qui avaient du BTC et l'ont converti en BCC pour « gagner 1 % par jour » auraient multiplié leur mise par six en gardant simplement leurs coins. Bitconnect restera le Ponzi de référence de la crypto, jusqu'à ce qu'un certain Sam Bankman-Fried décide de faire encore plus fort.