Le 18 juin 2019, Facebook publie un whitepaper et annonce Libra : une monnaie mondiale stable, adossée à un panier de devises, accessible à des milliards de personnes via une simple app. Zuckerberg veut que l'argent circule aussi facilement qu'un message. Le monde entier se retourne contre lui en 48 heures.
28 partenaires, zéro régulateur convaincu
L'Association Libra démarre avec 28 membres fondateurs : Visa, Mastercard, PayPal, Uber, Spotify. Chacun s'engage à injecter au moins 10 millions de dollars pour atteindre une capitalisation initiale d'un milliard. Sur le papier, c'est du lourd. Facebook pèse alors environ 500 milliards de dollars en bourse. Le projet a de l'allure.
Mais dès le lendemain, Maxine Waters, présidente du Comité des services financiers de la Chambre, tire la sonnette d'alarme : « Libra soulève des questions sérieuses sur la protection des consommateurs et la stabilité financière. » Le Congrès américain convoque des auditions. La BCE critique ouvertement le projet. Plus de dix pays lancent des enquêtes ou expriment des réserves formelles. Les régulateurs voient une entreprise qui contrôle déjà un tiers des données mondiales s'apprêter à créer sa propre monnaie souveraine.
En octobre 2019, Visa et Mastercard claquent la porte. PayPal les suit. L'association fond comme neige au soleil face à la pression réglementaire.
De Libra à Diem, puis au néant
Facebook tente de sauver les meubles. En décembre 2020, Libra est renommé Diem, histoire de repartir sur des bases moins chargées politiquement. Ça ne change rien sur le fond. Les régulateurs restent hostiles, les partenaires hésitent, le projet s'enlise. En 2022, Diem est définitivement abandonné.
Côté marché, l'annonce avait pourtant créé un vrai mouvement : Bitcoin passe de 9 081 $ le jour J à 11 740 $ une semaine plus tard, soit +29 % en sept jours. La crypto interprète l'arrivée d'un géant comme une validation du secteur. L'ironie, c'est que c'est exactement ce signal qui a paniqué les gouvernements.
Aujourd'hui, Bitcoin tourne autour de 80 000 $. Libra n'existe plus. Mais le projet a accéléré les débats sur les CBDC dans le monde entier : en voulant créer sa propre monnaie, Facebook a poussé les banques centrales à accélérer les leurs. Pas tout à fait le résultat escompté.