Le 7 septembre 2021, El Salvador fait quelque chose qu'aucun pays n'a jamais tenté : il rend le Bitcoin monnaie légale à cours forcé, au même titre que le dollar américain.
Lancement historique, couac immédiat
Dès minuit, la loi entre en vigueur. Le gouvernement a tout prévu : une app officielle baptisée Chivo, 30 USD en BTC offerts à chaque citoyen qui la télécharge, et des distributeurs automatiques de Bitcoin installés dans tout le pays. Sur le papier, c'est ambitieux. En pratique, Chivo plante dès les premières heures. Des milliers d'utilisateurs ne peuvent pas accéder à leurs fonds. D'autres ne reçoivent jamais leurs 30 dollars promis. La frustration monte vite dans les rues de San Salvador.
Le marché, lui, ne fête pas non plus. Le Bitcoin chute de 8% dans la journée, passant de 52 693 USD la veille à un creux autour de 43 000 USD. Pas exactement le signal de confiance espéré pour un lancement mondial.
Bukele achète au dip, évidemment
Nayib Bukele ne panique pas. Il tweete. « Some Bitcoin dipped into our coffers. So we bought some more. Now El Salvador has 232 BTC. » Il vient d'acheter 150 BTC supplémentaires pendant la chute, portant les réserves nationales à 232 BTC, soit environ 10,5 millions USD au moment de l'annonce. Le président joue le rôle du holder convaincu devant 4,5 millions de followers.
Derrière l'anecdote, l'enjeu est réel. El Salvador compte environ 70% de population non bancarisée. L'idée : permettre à ces citoyens d'envoyer et recevoir de l'argent, notamment les remesas depuis les États-Unis, sans passer par des banques ou des services de transfert coûteux. Le FMI, lui, s'inquiète des risques macroéconomiques et le dit clairement.
Ce que ça a changé
Un an après, le Bitcoin cote 19 287 USD, soit -58,8% par rapport au jour du lancement. Les réserves salvadoriennes fondent. En 2023, sous pression du FMI pour un prêt de 1,4 milliard USD, El Salvador recule et retire le cours forcé du Bitcoin. La loi reste, mais les commerçants ne sont plus obligés d'accepter.
Aujourd'hui à 80 186 USD le BTC, les 232 coins achetés ce jour-là valent bien plus que leur prix d'achat. L'expérience a été chaotique, critiquée, partiellement abandonnée. Mais elle a forcé chaque gouvernement de la planète à se poser la question : et nous, on fait quoi avec Bitcoin ?