Le 9 mai 2022, Do Kwon poste un message qui restera dans les annales : « This is not a drill. » Il ne croit pas si bien dire.
La mécanique infernale
Tout commence quelques jours plus tÎt. UST, le stablecoin algorithmique de Terra, est censé valoir 1 dollar en permanence. Le mécanisme est simple sur le papier : quand UST décroche, on brûle de l'UST pour minter du LUNA, et vice versa. Sauf que le 7 mai, quelqu'un retire 2 milliards de dollars d'UST d'un coup sur Curve Finance. La panique s'installe. UST commence à décrocher.
La Luna Foundation Guard tente le tout pour le tout. Le 9 mai, elle vend 1,5 milliard de dollars de Bitcoin pour racheter de l'UST sur le marché ouvert. Bitcoin, qui valait 34 000 dollars la veille, plonge à 30 000 dollars dans la journée. La défense ne tient pas. UST continue de tomber.
Ce qui suit est une spirale hyperinflationniste d'une brutalité rare. Pour soutenir UST, le protocole émet des LUNA en masse. Des centaines de milliards de tokens apparaissent en quelques heures. LUNA, qui valait 80 dollars le 5 mai, s'effondre à 0,0001 dollar en moins d'une semaine. Plus de 100 milliards de tokens brûlés et émis dans tous les sens. La capitalisation d'UST, qui culminait à 18,5 milliards de dollars, part en fumée. Au total, 40 milliards de dollars s'évaporent.
La contagion
Terra n'est pas seul à tomber. Le choc se propage à tout l'écosystÚme. Three Arrows Capital, Celsius, Voyager : les dominos tombent les uns aprÚs les autres dans les semaines qui suivent. C'est le début du crypto winter 2022. Bitcoin ne retrouvera pas ses niveaux d'avant le crash de sitÎt, oscillant autour de 29 000 à 30 000 dollars pendant des mois.
Do Kwon, lui, continue de tweeter avec assurance pendant plusieurs jours. Il propose un plan de sauvetage, puis un fork. La communautĂ© ne suit plus. En 2023, il est arrĂȘtĂ© au MontĂ©nĂ©gro avec un faux passeport. Le DOJ et la SEC l'attendent avec des charges de fraude.
Aujourd'hui, avec Bitcoin à 80 000 dollars, l'épisode Terra ressemble à une cicatrice profonde. Il a accéléré la régulation des stablecoins en Europe avec MiCA, et convaincu une grande partie du marché que les stablecoins algorithmiques sans collatéral réel sont une promesse impossible.