Points clés
- Ajinomoto détient plus de 95% de l'offre mondiale d'ABF, le film isolant indispensable aux substrats de puces
- L'écart entre l'offre et la demande atteindra 10% au second semestre 2026, 21% en 2027, puis 42% en 2028
- Une hausse de 30% des tarifs est effective dès le troisième trimestre 2026
- La capacité de production ne sera augmentée que de 50% d'ici 2030, laissant plusieurs années de tension structurelle
Un monopole de fait sur un matériau critique
Ajinomoto, groupe japonais surtout connu pour ses additifs alimentaires, produit l'ABF (Ajinomoto Build-up Film), le film isolant qui sépare les micro-câblages à l'intérieur des substrats de puces. Sa part de marché dépasse 95% de l'offre mondiale. Nvidia, Intel et AMD n'ont pas d'alternative industrielle viable à ce stade.
Ce que cette concentration rend particulièrement frappant, c'est l'origine même de l'entreprise. Ajinomoto n'est pas un acteur historique de la chaîne semi-conducteur. Le groupe s'est imposé dans ce segment à partir de son expertise en chimie des matériaux développée pour l'industrie alimentaire, avant de devenir, presque par inadvertance, le fournisseur dont dépend l'ensemble de l'industrie des puces avancées. Aucun concurrent n'a réussi à reproduire à l'échelle industrielle les propriétés du film qu'il produit, ce qui confère à Ajinomoto une position sans équivalent dans la chaîne d'approvisionnement des accélérateurs.
Le mécanisme qui alimente la tension est mécanique et prévisible : chaque nouvelle génération d'accélérateurs IA empile davantage de couches d'ABF pour densifier les interconnexions. Plus les puces montent en puissance, plus la consommation de film augmente par unité produite. La pénurie a commencé à se manifester dès le début de l'année 2026, au moment précis où les commandes des grands hyperscalers s'accéléraient pour répondre à la demande en infrastructure IA.
Une tension qui s'aggrave jusqu'en 2028
Selon les projections publiées par Semicone, l'écart entre l'offre et la demande d'ABF atteindra 10% au second semestre 2026, puis 21% en 2027, avant de culminer à 42% en 2028. Cette trajectoire n'est pas le fruit d'un choc ponctuel : elle reflète directement l'accélération structurelle des commandes de puces IA par les grands hyperscalers, dont les plans d'investissement en infrastructure ne montrent aucun signe de ralentissement.
Face à cette tension, Ajinomoto a annoncé une hausse de 30% de ses tarifs d'ABF effective au troisième trimestre 2026. La décision intervient dans un contexte où les fabricants de semi-conducteurs n'ont aucun levier de substitution à court terme : sans alternative industrielle viable, Nvidia, Intel et AMD absorbent la hausse ou ralentissent leur production. Les deux options ont des conséquences directes sur les coûts de fabrication des accélérateurs et, par extension, sur les prix des infrastructures GPU.
L'entreprise prévoit par ailleurs d'augmenter ses capacités de production de 50% d'ici 2030, mais cet horizon laisse plusieurs années de pénurie structurelle devant les fabricants de semi-conducteurs. Entre la hausse de tarif effective dès ce trimestre et l'arrivée de capacités supplémentaires en 2030, la fenêtre de tension couvre l'intégralité de la période où la demande en accélérateurs IA est attendue à son pic selon les projections disponibles.
Cette dépendance à un fournisseur unique, issu de l'industrie alimentaire et non de la chaîne semi-conducteur traditionnelle, illustre la fragilité des approvisionnements en matériaux de niche. Une hausse de 30% sur un composant sans substitut se répercute directement sur les coûts de fabrication des accélérateurs, à un moment où la demande mondiale en infrastructure IA ne montre aucun signe de ralentissement. Pour les acteurs exposés comme Nvidia, Intel ou AMD, la contrainte ABF pèsera sur leurs marges pendant toute la fenêtre de tension et leur seul levier réel est la capacité à répercuter cette hausse en aval sur le prix des infrastructures GPU.








