Points clés
- Bybit a déposé une action civile le 8 août 2026 devant le tribunal fédéral du district de Columbia contre la Corée du Nord, son Bureau général de reconnaissance (RGB) et le groupe Lazarus.
- Le hack du 21 février 2025 avait permis de siphonner plus de 400 000 ETH et stETH, soit environ 1,5 milliard de dollars, un record dans l'histoire des vols de cryptomonnaies.
- Un juge fédéral a accordé une ordonnance provisoire gelant les actifs identifiés et interdisant à des défendeurs non identifiés ("John Doe") de transférer ou vendre ces fonds.
- Depuis le hack, 48,4 M$ ont été récupérés et 30,5 M$ supplémentaires ont été gelés, répartis sur plus de 28 plateformes d'échange et dépositaires.
Une plainte historique contre un État souverain
Bybit a franchi un cap inédit le 8 août 2026 : la plateforme d'échange a déposé une action civile devant le tribunal fédéral du district de Columbia, aux États-Unis, contre la République populaire démocratique de Corée, son Bureau général de reconnaissance (RGB) et le groupe Lazarus. C'est la première fois qu'une plateforme crypto attaque directement un État souverain devant la justice américaine pour un vol de cette ampleur. Le FBI avait confirmé dès février 2025 la responsabilité de Pyongyang dans l'attaque, attribuée à l'opération TraderTraitor.
Le hack, survenu le 21 février 2025, avait permis aux attaquants de siphonner plus de 400 000 ETH et stETH, pour un montant total d'environ 1,5 milliard de dollars. Un record absolu dans l'histoire des vols de cryptomonnaies, selon le communiqué officiel de Bybit. L'attribution à Pyongyang repose sur les conclusions du FBI, qui a formellement désigné la Corée du Nord comme responsable de l'opération, en liant l'attaque au groupe Lazarus, une structure rattachée au Bureau général de reconnaissance, l'agence de renseignement nord-coréenne. Cette attribution publique par une agence fédérale américaine constitue le socle sur lequel Bybit appuie désormais sa démarche judiciaire.
En ciblant simultanément l'État nord-coréen, son agence de renseignement et le groupe Lazarus, la plainte cherche à couvrir l'ensemble de la chaîne de commandement présumée derrière l'attaque. La démarche est inédite dans le secteur des cryptomonnaies : aucune plateforme n'avait jusqu'ici tenté de poursuivre un État souverain devant un tribunal américain pour un vol de cette nature et de cette ampleur.
Ce que le tribunal a déjà ordonné
Un juge fédéral a accordé à Bybit une ordonnance provisoire : les actifs volés qui ont pu être identifiés sont désormais gelés. L'ordonnance interdit à des défendeurs encore non identifiés, désignés sous le terme "John Doe", de transférer ou de vendre ces fonds. La portée reste limitée aux sommes retrouvées, une fraction du total dérobé.
Depuis le hack, 48,4 M$ ont été récupérés et 30,5 M$ supplémentaires ont été gelés, répartis sur plus de 28 plateformes d'échange et dépositaires. Rapportés aux 1,5 milliard de dollars initialement volés, ces montants illustrent la difficulté concrète de tracer et bloquer des fonds déplacés à grande vitesse sur la blockchain par des acteurs étatiques rodés à l'obfuscation on-chain. La dispersion des fonds sur plus de 28 entités distinctes témoigne de la sophistication des techniques employées pour brouiller les pistes après l'exfiltration initiale des ETH et stETH.
L'action judiciaire ne garantit pas le recouvrement intégral des fonds : la Corée du Nord ne reconnaît pas la juridiction des tribunaux américains et ne comparaîtra pas. Mais la procédure crée un cadre légal permettant de saisir tout actif nord-coréen identifié sur le sol américain ou dans des juridictions coopérantes. Elle établit par ailleurs un précédent pour l'ensemble du secteur face aux attaques étatiques, en ouvrant une voie judiciaire que d'autres plateformes victimes de vols attribués à des acteurs souverains pourraient désormais emprunter. La capacité à obtenir des ordonnances de gel auprès de tribunaux américains, même en l'absence du défendeur principal, représente un levier nouveau dans un domaine où les recours restaient jusqu'ici essentiellement techniques et diplomatiques.










