Une fondation qui passe du symbolique à l'opérationnel
La transaction on-chain est confirmée : la proposition « Next Era of ENS DAO: Empowering the ENS Foundation » a été approuvée par environ 70% des détenteurs de tokens et exécutée via la transaction 0xd38d35f55f4387301b5cdf738aabc16d38189df02cafa50c8a47a70605779422, selon le billet officiel de la ENS Foundation. La ENS Foundation, jusqu'ici coquille légère, devient une organisation pleinement opérationnelle dotée d'un directeur exécutif, d'un personnel à temps plein et d'un conseil de cinq membres : Alexander Urbelis (directeur exécutif), Nick Johnson, Kartik Talwar, Brett Sun et Anthony Leutenegger. Les trois administrateurs indépendants siègent pour des mandats renouvelables de deux ans.
Ce conseil prend en charge la politique hors chaîne, les marques déposées et l'engagement institutionnel, des missions que la structure légère précédente ne pouvait pas assumer sérieusement. La fondation obtient par ailleurs le contrôle administratif d'une dotation d'environ 65 millions de dollars en ETH et en stablecoins, constituée au fil des années. Ce contrôle s'exerce sous un timelock de neuf jours et la supervision d'un Security Council, deux garde-fous inscrits dans le vote lui-même.
Un million d'ENS pour les salaires, le DAO garde la main sur le protocole
L'allocation la plus discutée reste le transfert unique d'un million de tokens ENS à la fondation, strictement réservé à la rémunération des employés selon le cadre publié. C'est le prix affiché de la professionnalisation.
Le DAO, lui, conserve 54,6% de l'offre totale de tokens ENS et l'intégralité de l'autorité sur la gouvernance du protocole. Les tokens restent immobiles, à l'exception de cette allocation. La séparation est donc formelle : la fondation gère l'opérationnel et le hors chaîne, le DAO garde le contrôle du code et des règles fondamentales.
Vers une gouvernance à deux vitesses dans les DAO historiques d'Ethereum
Ce basculement pose une question que l'écosystème Ethereum reporte depuis des années : un DAO peut-il rester décentralisé tout en se dotant d'une structure capable de signer des contrats, d'employer des salariés et de défendre des marques déposées ? ENS tranche en faveur d'un modèle hybride, où la légitimité on-chain coexiste avec une entité légale professionnalisée.
La controverse autour du vote, portée par une partie de la communauté, reflète une tension réelle. Déléguer le contrôle administratif d'une dotation de 65 millions de dollars à un conseil de cinq personnes, même sous timelock, c'est concentrer un pouvoir que la philosophie DAO cherche précisément à distribuer. Le résultat à 70% d'approbation indique une majorité convaincue, mais pas un consensus. Pour l'un des DAO les plus anciens d'Ethereum, ce choix dessine un précédent que d'autres protocoles observeront de près.









