Le détrônement silencieux du dollar
Les chiffres sont sans appel. Fin 2025, l'or représente 27% des réserves des banques centrales mondiales, contre 22% pour la dette souveraine américaine, selon les données publiées par la BCE. C'est un basculement historique : pour la première fois depuis des décennies, le métal précieux devance les bons du Trésor américain comme premier actif de réserve mondial.
Les banques centrales détiennent aujourd'hui plus de 36 000 tonnes d'or, un volume qui se rapproche du pic de 38 000 tonnes enregistré à l'époque de Bretton Woods, ce système monétaire international démantelé en 1971 qui arrimait le dollar à l'or. Le parallèle est saisissant.
Depuis 2022, la dynamique d'accumulation s'est accélérée, portée par quatre acteurs majeurs : la Chine, l'Inde, la Pologne et la Turquie. Ces pays diversifient leurs réserves dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et de remise en question progressive du statut d'actif refuge absolu du dollar.
Tether, acheteur inattendu de l'année
L'élément le plus surprenant de ce tableau vient du secteur crypto. Tether, l'émetteur du stablecoin USDT, s'est imposé en 2025 comme le plus gros acheteur individuel d'or au monde, avec plus de 100 tonnes acquises sur l'année. Un chiffre qui dépasse les achats de nombreuses banques centrales souveraines.
Cette stratégie n'est pas anodine. En adossant une partie de ses réserves à l'or physique, Tether cherche à renforcer la crédibilité de son bilan face aux régulateurs et aux marchés, dans un contexte où la transparence des émetteurs de stablecoins est scrutée de près, notamment sous l'effet du règlement MiCA en Europe. C'est à double tranchant : l'or apporte de la solidité perçue, mais expose aussi Tether à la volatilité du métal et aux questions sur la garde physique des actifs.
Ce mouvement illustre une convergence inédite entre finance traditionnelle et acteurs crypto autour d'un même actif refuge. Que les banques centrales et Tether achètent simultanément de l'or en dit long sur la défiance croissante envers la dette souveraine américaine comme réserve de valeur universelle.








