Un inconnu vient de créer 184 milliards de bitcoins en une seule transaction. Bitcoin a 18 mois d'existence et vaut 0,065 $.
Le bug qui aurait tout effacé
Le 15 août 2010, le bloc 74 638 est miné. À l'intérieur, une transaction bizarre : deux sorties totalisant 184 467 440 737 BTC, soit près de mille fois le supply maximum prévu. Le réseau tourne avec moins de 100 nœuds actifs, la capitalisation totale de Bitcoin dépasse à peine le million de dollars. Personne ne surveille vraiment.
C'est Jeff Garzik, développeur Bitcoin Core, qui repère l'anomalie en premier. Il poste sur Bitcointalk : « Block #74638 has a transaction with value out of 92 233 720 368.54277039 BTC in one output. » Le forum s'emballe. Le bug est un integer overflow classique : les valeurs de sortie dépassent la limite d'un entier 64 bits signé, basculent en négatif, et le code de validation ne détecte rien. Quelqu'un a repéré la faille et l'a exploitée.
Satoshi sort du silence
Satoshi Nakamoto réagit en moins de 5 heures. Il publie un patch sur GitHub, corrige la validation des transactions pour rejeter toute somme négative, et demande à la communauté de miner sur la nouvelle chaîne propre. Le soft fork est minimal, chirurgical. Pendant 8 heures, les deux chaînes coexistent : la chaîne corrompue avec ses 184 milliards de BTC fantômes, et la chaîne propre qui remonte bloc après bloc. La chaîne propre finit par dépasser l'autre. Les blocs malveillants sont orphelins. Aucun des BTC créés illégitimement n'est jamais dépensé.
L'incident passe quasi inaperçu hors de la communauté. Le prix recule à peine, de 0,067 $ à 0,065 $. Le monde n'a aucune idée de ce qui vient de se passer.
Aujourd'hui, avec le bitcoin à 80 186 $, ces 184 milliards de BTC auraient représenté une valeur théorique de 14 000 milliards de dollars, soit plus que le PIB américain. Ce jour-là, une poignée de développeurs et un pseudonyme ont tenu la ligne.