Le 15 août 2015, Mike Hearn et Gavin Andresen appuient sur le bouton et publient Bitcoin XT 0.11A. La communauté Bitcoin vient de se tirer une balle dans le pied, ou de se sauver la mise. Personne n'est d'accord là-dessus.
1 MB contre le monde entier
En 2015, Bitcoin traite environ 7 transactions par seconde. Le réseau se congestionne, les frais grimpent, et les blocs de 1 MB ressemblent de plus en plus à un goulot d'étranglement. Hearn, qui travaille sur le projet depuis 2014, et Andresen, alors lead maintainer de Bitcoin Core, ont une réponse simple : passer à 8 MB via BIP 101. Progressivement, sur deux ans. Avec activation si 75 % des mineurs signalent leur support.
BitPay et Coinbase applaudissent. Sur Bitcointalk, c'est une autre histoire. Les « small blockers » voient dans ce hard fork une menace directe sur la décentralisation du réseau. Des blocs plus gros, c'est des nœuds plus lourds, c'est moins de gens capables de les faire tourner chez eux. La guerre est déclarée.
La guerre civile qui durera deux ans
Le camp d'en face, emmené par les développeurs de Bitcoin Core, refuse de bouger. Pas de hard fork sans consensus quasi-unanime. Ils poussent vers des solutions off-chain, Lightning Network en tête. Le débat quitte rapidement le terrain technique pour devenir politique, presque philosophique : à qui appartient Bitcoin ?
Bitcoin XT ne réussit jamais à atteindre son seuil de 75 % de hashrate. Le fork n'est pas activé. Mais la fracture, elle, est bien réelle. Elle mène en 2017 à l'activation de SegWit d'un côté, et au fork Bitcoin Cash de l'autre, porté par les big blockers qui n'ont pas lâché l'affaire.
Le prix encaisse le choc immédiatement : 260 $ le 15 août, 229 $ une semaine plus tard, soit -11,9 %. Mais un an après, BTC cote 569 $, +118 %.
Aujourd'hui à 80 186 $, Bitcoin a tranché par les faits : le protocole de base est resté conservateur, et c'est les couches supérieures qui scalent. La blocksize war a façonné la gouvernance de Bitcoin plus profondément que n'importe quel code.