Le 6 mars 2014, Newsweek fait sa une avec une photo d'un homme âgé, l'air dépassé, entouré de journalistes. Le titre : « The Face Behind Bitcoin ». La journaliste Leah McGrath Goodman affirme avoir trouvé Satoshi Nakamoto. Il s'appelle Dorian Prentice Satoshi Nakamoto, il vit à Temple City en Californie, et il n'a rien demandé à personne.
Le mauvais homme au bon nom
Goodman passe des mois à enquêter. Elle remonte la piste du pseudonyme, tombe sur cet ingénieur d'origine japonaise, ancien employé du Département de la Défense américain, qui partage le prénom Satoshi. Elle interprète une de ses phrases comme un aveu : « Je ne m'en occupe plus, ça a été remis à d'autres personnes. » Dorian parle de son ancien employeur. Goodman entend Bitcoin.
Le jour de la publication, des dizaines de journalistes se pointent devant chez lui à Temple City. Dorian Nakamoto, 64 ans à l'époque, sort de sa maison et se retrouve encerclé. Il nie immédiatement. Le même jour, il donne une interview à l'Associated Press : « Je n'ai pas créé, inventé ni travaillé sur Bitcoin. » Sa fille confirme qu'il découvrait à peine l'existence de la crypto-monnaie.
La communauté Bitcoin réagit vite. Les forums s'enflamment. Les critiques pointent des preuves purement circonstancielles : un nom, un profil d'ingénieur, une phrase mal interprétée. Rien de solide.
Cinq mots qui claquent
Le 7 mars 2014, le compte Satoshi Nakamoto sur le forum P2P Foundation, silencieux depuis des années, publie un message. Cinq mots : « I am not Dorian Nakamoto. » Le vrai Satoshi, ou quelqu'un qui contrôle son compte, vient de démentir en direct. Le forum s'emballe. Le prix du bitcoin recule de 4,9 % le lendemain, à 616 $.
Dorian Nakamoto, lui, devient malgré lui une figure de la culture crypto. La communauté lui organise une collecte de solidarité, lui offre des bitcoins pour compenser le chaos médiatique qu'il n'a pas provoqué.
Dix ans plus tard, Satoshi reste introuvable. À 80 186 $ le bitcoin aujourd'hui, l'identité du créateur vaut probablement plus que jamais à protéger. Et Dorian, lui, a au moins une bonne histoire à raconter.