Une formule choc, une proposition ancienne
Fin août, Jean-Luc Mélenchon a remis sur la table une idée aussi tranchante que sa formulation : "Il suffit d'aller à la Banque de France, de prendre les titres de dette et de les foutre au feu." La cible : les 18% de la dette française détenus par la banque centrale, accumulés via les programmes d'achats d'actifs de la BCE. Selon lui, un sondage montrerait que les Français favorables à cette annulation sont plus nombreux que ceux qui s'y opposent. La popularité d'une idée ne suffit pourtant pas à en faire une politique viable.
Deux réponses institutionnelles, un verdict identique
Christine Lagarde a fermé la porte le 10 septembre en conférence de presse. Ce serait, selon elle, "vraiment pas une bonne idée" et une "violation pure du traité" : l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne interdit explicitement à la BCE de financer directement les États membres. Pas d'ambiguïté juridique, pas de zone grise.
Le lendemain, le gouverneur de la Banque de France a condensé son analyse en trois mots : "illégale, dangereuse et inutile." Trois qualificatifs qui couvrent à la fois le droit, l'économie et l'utilité pratique de la mesure.
La comparaison avec un particulier qui déclarerait son crédit annulé est tentante, mais elle illustre exactement le problème. Un État qui efface sa dette signale aux investisseurs qu'il peut recommencer. Or la France emprunte massivement auprès de créanciers étrangers : une perte de crédibilité se traduit immédiatement par des taux d'emprunt plus élevés, une charge qui se répercute ensuite sur le crédit des ménages et des entreprises.
Pourquoi c'est important pour vos actifs
Selon nos modèles de corrélation historique, les décisions des grandes banques centrales hors États-Unis pèsent directement sur les actifs risqués, crypto inclus. Un assouplissement en zone euro soutient généralement ces actifs en réduisant le coût du risque. À l'inverse, une perte de crédibilité de la BCE, provoquée par exemple par une violation de ses statuts fondateurs, pourrait durcir les conditions financières en Europe et peser sur l'ensemble des marchés. Ce n'est pas un conseil d'achat ou de vente : c'est le mécanisme de transmission à garder en tête.






