Points clés
- Art Laffer, économiste connu pour la courbe qui porte son nom et ancien conseiller de Ronald Reagan, considère que les nouveaux tarifs douaniers ne constituent pas un choc inflationniste.
- Selon lui, ces tarifs remplacent un ancien train de tarifs par un nouveau, avec un effet net sur les prix proche de zéro.
- Les tarifs font monter le prix des produits importés mais compriment simultanément le prix des produits exportés : les deux effets se compensent en grande partie.
- Le vrai sujet est la structure de la production et la répartition de l'emploi, pas le niveau général des prix.
- Si l'inflation reste contenue, la pression sur la Réserve fédérale pour maintenir des taux élevés s'allège, ce qui est généralement favorable au Bitcoin et aux actions.
Une substitution tarifaire, pas un choc inflationniste
Art Laffer, économiste connu pour la courbe qui porte son nom et ancien conseiller de Ronald Reagan, prend le contre-pied du discours dominant sur les tarifs douaniers américains. Selon lui, les nouveaux tarifs imposés à 60 partenaires commerciaux ne constituent pas un choc inflationniste à proprement parler : ils remplacent un ancien train de tarifs par un nouveau, avec un effet net sur les prix proche de zéro.
L'argument est structurel. Laffer distingue deux mouvements simultanés : les tarifs renchérissent les produits importés, mais compriment dans le même temps les prix des produits exportés par les États-Unis. Ces deux effets se compensent en grande partie, ce qui neutralise l'impact global sur le niveau général des prix. Autrement dit, ce que le consommateur américain paie davantage sur les biens qu'il achète à l'étranger est en quelque sorte compensé par la pression à la baisse qui s'exerce sur les prix des biens que les États-Unis vendent au reste du monde. La mécanique n'est pas celle d'une surchauffe généralisée des prix, mais celle d'un rééquilibrage entre deux catégories de biens.
Cette lecture conduit Laffer à qualifier le débat sur l'inflation de faux débat, ou du moins de débat mal posé. La question n'est pas de savoir si les prix vont grimper de façon généralisée, mais de comprendre comment les flux de production et d'emploi vont se redistribuer à l'intérieur de l'économie américaine.
Production et emploi, le vrai terrain du débat
Pour Laffer, ce que les tarifs modifient en profondeur, c'est la structure de la production et la répartition de l'emploi entre secteurs exposés à la concurrence internationale et secteurs protégés. Un produit importé plus cher incite à produire davantage localement, mais cette réallocation a un coût en termes d'efficacité économique globale. Des ressources humaines et capitalistiques se déplacent vers des activités qui n'auraient pas été rentables sans la protection tarifaire, ce qui peut peser sur la productivité d'ensemble.
Cette lecture tranche avec les projections de plusieurs institutions qui anticipent une pression à la hausse sur les prix à la consommation aux États-Unis. Elle s'inscrit dans une tradition de l'offre qui privilégie les effets de long terme sur la compétitivité plutôt que les effets de court terme sur le pouvoir d'achat. Là où d'autres économistes voient un risque de résurgence inflationniste, Laffer voit avant tout un problème d'allocation des facteurs de production, un sujet de politique industrielle davantage que de politique monétaire.
Cette distinction n'est pas anodine. Si le diagnostic inflationniste est erroné, les réponses de politique économique qui en découlent le sont également. Une banque centrale qui relèverait ses taux en réponse à une inflation tarifaire que Laffer juge illusoire commettrait selon cette logique une erreur de calibrage, en pénalisant l'activité sans raison valable.
Pourquoi c'est important pour vos actifs
Si l'analyse de Laffer s'avère juste et que l'inflation reste contenue malgré les tarifs, la pression sur la Réserve fédérale pour maintenir des taux élevés s'allège. Selon nos modèles de corrélation historique, une inflation qui retombe favorise généralement le Bitcoin et les actions, tandis qu'une inflation plus chaude que prévu repousse l'horizon des baisses de taux et pèse sur ces mêmes actifs en renforçant le dollar. L'or réagit différemment : c'est surtout le niveau des taux réels, corrigés de l'inflation, qui oriente son cours. Un chiffre d'inflation finalement modéré ne garantit donc pas une hausse de l'or si les taux nominaux restent élevés. La lecture de marché sur cette news est neutre, ce qui reflète précisément l'incertitude qui entoure encore le scénario décrit par Laffer et la question de savoir si les données à venir lui donneront raison.







