Un changement de modèle brutal
Jusqu'en 2025, Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle finançaient leurs centres de données sur fonds propres. Ce temps est révolu. En 2026, ces mêmes groupes ont déjà émis 159 milliards de dollars d'obligations, soit davantage que l'ensemble de leurs levées obligataires cumulées entre 2020 et 2024. Le changement de régime est net.
À l'échelle mondiale, Morgan Stanley anticipe que l'émission de dette liée à l'IA dépassera 570 milliards de dollars cette année, plus du double du niveau de 2025. Quand des entreprises assises sur des montagnes de liquidités se mettent à emprunter à ce rythme, le diagnostic est simple : les dépenses d'investissement ont dépassé la capacité d'autofinancement. Ce n'est pas un signal d'alarme en soi, mais c'est un pivot structurel qui mérite attention.
Tant que la croissance des investissements reste soutenue, les valeurs exposées à l'IA devraient continuer de progresser. Le marché actions lit encore la situation comme un cycle d'expansion classique.
Oracle, le maillon sous tension
Tous les acteurs ne se valent pas. Oracle concentre le risque. Depuis septembre 2025, le groupe a levé 43 milliards de dollars, de loin le profil d'endettement le plus tendu du secteur. Microsoft et Alphabet conservent des bilans solides, avec des flux de trésorerie opérationnels capables d'absorber le service de la dette sans pression immédiate.
Oracle, lui, joue une autre partition. Son levier financier le rend structurellement vulnérable à tout doute sur le retour sur investissement de l'IA. Ce sera l'action qui décrochera le plus vite si le narratif se fissure.
Le vrai signal à surveiller n'est pas le cours des actions. C'est le crédit. Les spreads obligataires des émetteurs IA, les conditions de refinancement, la demande institutionnelle sur les nouvelles émissions : voilà les indicateurs avancés d'un éventuel retournement. Les marchés actions réagissent après. Le crédit, lui, anticipe.















