Un refus grec aux allures de veto politique
Le mécanisme MiCA est redoutablement simple : une licence obtenue dans un État membre vaut passeport pour l'ensemble du marché européen. Pour Binance, premier exchange mondial en volume, perdre l'accès à l'Europe ne se joue donc pas sur 27 dossiers nationaux, mais sur un seul. Ce seul dossier, c'est désormais la France.
Selon une enquête de The Big Whale, le refus grec ne serait pas d'ordre réglementaire. Le dossier de Binance était jugé complet et conforme aux exigences. C'est Christine Lagarde, présidente de la BCE, qui aurait fait savoir au Premier ministre grec que la plateforme n'était pas la bienvenue sur le continent. Un signal politique, pas technique.
La raison de fond tient aux stablecoins. Binance constitue le principal canal de liquidité en stablecoins en Europe, ce qui entre directement en collision avec le projet d'euro numérique porté par Francfort. En clair : laisser Binance s'installer, c'est renforcer une infrastructure privée concurrente à la monnaie numérique de banque centrale que la BCE cherche à imposer.
L'AMF dans la position du dernier arbitre
Binance serait actuellement en discussion avec l'Autorité des marchés financiers, mais aucun dossier formel n'aurait été déposé à ce stade. La nuance compte. Des échanges préliminaires ne constituent pas une demande d'agrément, et l'AMF n'a donc rien à approuver ni à rejeter pour l'instant.
La France se retrouve dans une position inconfortable. Accorder une licence MiCA à Binance, c'est potentiellement contrarier la BCE et le projet d'euro numérique. La refuser sur des bases réglementaires solides reste possible, mais le précédent grec montre que la frontière entre régulation et politique monétaire est poreuse.
Bercy et l'AMF devront trancher sans que le cadre MiCA ne leur fournisse de réponse claire sur ce type de pression institutionnelle. Le retour de bâton pour l'Europe est réel : en instrumentalisant le processus d'agrément, les institutions européennes fragilisent la crédibilité du régime MiCA qu'elles ont mis des années à construire.












