Six ans d'érosion mesurée par l'IPCH
Déflatée par l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), la valeur réelle de 100 euros placés en 2020 tombe à 83 euros en 2026. Ce n'est pas une estimation : c'est le résultat du suivi Eurostat et INSEE publié sur la période, avec une inflation cumulée de 20,4% entre 2020 et juin 2026. Le taux annuel moyen ressort à 2,9%, un rythme qui paraît modéré pris isolément, mais dont l'effet composé sur six ans est brutal pour tout capital laissé sans rendement.
La courbe est parlante : la valeur réelle de l'euro a glissé progressivement sous les 95 euros dès 2021, puis sous les 90 en 2022, avant de s'enfoncer vers les 85 en 2023-2024 et d'atteindre le plancher de 83 euros en 2026. Aucune année n'a inversé la tendance. L'accélération de 2022 reste la plus visible, portée par la flambée énergétique post-invasion de l'Ukraine, mais la dérive s'est poursuivie même après le reflux des prix de l'énergie.
L'épargne dormante, première victime
Cette arithmétique frappe d'abord les liquidités non investies. Un livret A rémunéré en dessous du taux d'inflation réel, un compte courant, une assurance-vie en fonds euros dont le rendement net n'a pas suivi : autant de supports où l'épargnant perd du terrain en termes réels sans s'en apercevoir immédiatement. L'érosion est lente, invisible sur un relevé mensuel, mais irréversible sur la durée.
Côté conjoncture récente, l'INSEE indique un glissement annuel des prix à la consommation de 1,8% en juin 2026, ce qui signale un ralentissement de l'inflation par rapport aux pics de 2022-2023. Le rythme de destruction du pouvoir d'achat se modère donc, mais il ne s'inverse pas : chaque mois supplémentaire à taux positif creuse un peu plus l'écart entre la valeur nominale et la valeur réelle de l'épargne accumulée depuis 2020.
Sur une décennie, la dynamique européenne est encore plus marquée : l'IPCH de la zone euro a progressé de 33% entre 2016 et 2025, selon Eurostat. La France s'en tire relativement mieux que la moyenne de la zone, mais le constat reste le même : la détention passive de monnaie fiduciaire est, structurellement, une position perdante en termes réels.










