Un token piège monté de toutes pièces
Le FBI n'a pas attendu qu'un scam se produise. Il en a fabriqué un. En 2024, des enquêteurs américains ont déployé un projet crypto complet sur Ethereum : site web crédible, whitepaper, Telegram actif, narrative autour de l'intelligence artificielle. Le token a été ouvert au trading et a atteint temporairement 237 000 dollars de capitalisation. Aucun centime levé n'était l'objectif.
L'opération visait un angle précis : identifier les firmes qui vendent du washtrading, des volumes fictifs et de la manipulation de cours à des projets cherchant à paraître légitimes. Quatre market makers ont mordu à l'hameçon. Gotbit, ZMQuant, CLS Global et MyTrade MM se sont retrouvés face aux enquêteurs après avoir proposé leurs services. L'un des inculpés a détaillé en réunion le fonctionnement de ses bots, achetant et revendant simultanément sur des exchanges centralisés pour fabriquer du volume. Tarif d'entrée annoncé : 2 000 dollars à la signature.
Premier dossier pénal contre le market making crypto
Le Department of Justice ouvre ici un précédent. C'est le premier dossier pénal américain ciblant des firmes de market making crypto, après le cas Avraham Eisenberg sur Mango Markets. Le bilan judiciaire est lourd : 18 personnes et entités inculpées, 25 millions de dollars saisis, 5 plaider-coupables déjà actés. La SEC empile en parallèle des plaintes civiles.
Le dossier met aussi en lumière le cas Saitama, une firme du Massachusetts. Ses dirigeants avaient artificiellement gonflé la capitalisation de leur token jusqu'à 7,5 milliards de dollars, tout en revendant discrètement pour des dizaines de millions. Le schéma est classique : créer l'illusion de valeur pour permettre aux initiés de sortir.
Côté retail, le chiffre qui compte : les analystes indépendants estiment que jusqu'à 50 % du volume affiché sur les exchanges offshore relève du washtrading. Ce que l'on voit sur un carnet d'ordres n'est pas nécessairement ce qui s'échange. L'opération du FBI ne change pas cette réalité, mais elle prouve que les régulateurs ont désormais les outils, et la volonté, de s'y attaquer directement.






