La première banque de la zone euro a connu une envolée boursière, portée par la remontée des taux qui a gonflé ses profits. Mais après une telle hausse, la question n'est plus de savoir si le titre a été un bon placement : c'est de savoir s'il en reste un.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Positif |
| Intensité | Modérée |
| Horizon | Structurel |
| Ce que ça touche | Perception, Valorisation |
Une envolée bancaire
Sur un an, l'action a signé une envolée rare pour une valeur bancaire, et cote aujourd'hui tout près de son plus haut de cinquante-deux semaines, à peine 5,3% sous son sommet. La banque évolue dans le haut de sa fourchette annuelle, à 87% de son amplitude sur la période. Le moteur de cette hausse est clair : la remontée des taux d'intérêt, qui élargit la marge que la banque tire de son activité de prêt. Encore faut-il rappeler ce que ce genre de performance ne dit pas. Un cours qui monte ne rend pas une action plus attractive, il la rend souvent plus chère : c'est précisément le coeur du dossier ici.
Ce qui a porté le titre, et ce qui le limite
Le canal touché est double. D'abord les bénéfices : le bénéfice par action a bondi de 37,4% sur un an, largement grâce à la remontée des taux qui gonfle les marges d'intérêt. Ensuite la valorisation, et c'est là que le bât blesse. Le titre se paie 9,3 fois les bénéfices, un multiple bas dans l'absolu et sous la médiane du secteur, à 13,8 fois. Mais rapporté à sa propre histoire, il se situe au plus haut de sa valorisation des cinq dernières années. La décote qui avait nourri la hausse a disparu : l'action n'est plus bon marché par rapport à ce que le marché lui a jamais accordé. À cela s'ajoute une rentabilité, mesurée par le rendement des capitaux propres, de 10,9%, correcte mais inférieure à la médiane de ses pairs, à 12,9%. C'est ce qui plafonne, structurellement, le multiple qu'un marché accorde à une banque.
Ce que le marché en fait déjà
À 107,32 euros le 19 août, l'action évolue près de son plus haut annuel. Fait notable pour un titre qui a autant progressé, le consensus des analystes n'attend plus qu'une hausse limitée : leur objectif moyen ressort à 116,7 euros, soit environ 9% au-dessus du cours. Autrement dit, l'essentiel de la revalorisation semble, aux yeux du marché, déjà derrière. L'objectif est celui du consensus, pas le nôtre. La suite dépendra moins de la banque elle-même que de la trajectoire des taux : c'est elle qui a fait la hausse, et c'est elle qui la déferait.
Le point de bascule
Ce qui tranchera n'est pas le passé, c'est le cycle des taux. Tant que les taux restent élevés, les marges de la banque tiennent et les bénéfices avec, ce qui justifie la valorisation actuelle ; une baisse plus rapide que prévu, et le moteur s'inverse, comprimant à la fois les profits et le multiple. Le prochain rendez-vous tombe le 28 octobre, aux résultats trimestriels. Pour qui regarde le dossier après la hausse, c'est la sensibilité aux taux, pas le parcours boursier passé, qu'il faut suivre.
Les données, en clair
- PER : le nombre d'années de bénéfice que le marché accepte de payer pour une action.
- Centile de valorisation : la place du multiple actuel dans sa propre fourchette des cinq dernières années. Au plus haut, le titre est plus cher qu'il ne l'a jamais été sur la période.
- ROE : le rendement des capitaux propres, soit ce que la banque gagne pour chaque euro apporté par ses actionnaires.
- Marge d'intérêt : l'écart entre ce qu'une banque gagne sur ses prêts et ce qu'elle paie sur ses dépôts. Elle s'élargit quand les taux montent.
- Consensus : la moyenne des attentes des analystes qui suivent le titre.
- Fourchette 52 semaines : le plus bas et le plus haut touchés par le cours sur un an.







