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Robinhood : sa blockchain échange 34,6 milliards de dollars, et surtout des memecoins

Robinhood : sa blockchain échange 34,6 milliards de dollars, et surtout des memecoins

Publié par le 9 min de lecture
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Robinhood Markets (HOOD), le courtier américain aux 28 millions d'utilisateurs, a vu sa blockchain maison échanger 34,6 milliards de dollars en deux mois. Mais moins de 10% de ce volume porte sur les actions tokenisées, la raison d'être annoncée du projet.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionPositif
IntensitéFaible
HorizonStructurel
Ce que ça toucheChiffre d'affaires, mix d'activité

Ce qui tourne sur la chaîne

Robinhood a lancé sa propre blockchain le 1er juillet 2026. Deux mois plus tard, les compteurs publiés par DefiLlama donnent 34,6 milliards de dollars de volume échangé et 912 millions de dollars de TVL, la somme des fonds déposés sur les applications du réseau, ce qui place la chaîne dans les dix premières.

Robinhood, c'est l'application de courtage sans commission qui a lancé la vague des néocourtiers, l'équivalent américain de Trade Republic. Sa chaîne devait étendre ce métier aux actions tokenisées : la même action Apple ou Tesla, représentée par un jeton échangeable en continu, week-end compris.

Ce n'est pas ce qui a pris. Les actions tokenisées pèsent moins de 10% du volume, et le 2 septembre les memecoins adossés à ces mêmes actions ont échangé 217 millions de dollars contre 127 millions pour les actions elles-mêmes. Les titres servent de collatéral au casino plutôt que de produit fini. L'essentiel des frais du réseau a été capté par un launchpad, Pons, tandis que les deux applications les plus utilisées restent Uniswap et Morpho, deux protocoles qui existaient bien avant la chaîne.

La technologie, elle, n'est pas maison : le réseau tourne sur Arbitrum, à qui Robinhood reverse 10% de ses revenus nets. C'est la première fois qu'un courtier coté branche une part identifiable de sa recette sur une infrastructure publique.

Deux précisions sur ces chiffres. Ils viennent d'agrégateurs on-chain, pas de la société, qui ne publie aucun détail d'activité de sa chaîne dans ses comptes trimestriels. Et un volume échangé n'est pas un revenu : les 34,6 milliards de dollars se rapportent aux 4,991 milliards de dollars de chiffre d'affaires réalisés par Robinhood sur douze mois, mais la chaîne n'en a encore transformé aucune fraction en recette, puisque le courtier paie lui-même les frais de transaction de ses utilisateurs depuis le lancement.

Ce que le prix incorpore déjà

Le canal touché est le chiffre d'affaires, et il est aujourd'hui fermé. Tant que la gratuité tient, l'activité du réseau est une démonstration d'usage, pas une ligne de recette. Elle en devient une le 29 septembre, date à laquelle la prise en charge des frais s'arrête.

Ce que le marché paie déjà, en revanche, se lit sans attendre. L'action se paie 54,07 fois ses bénéfices, contre 14,46 pour la médiane des 172 sociétés de son sous-secteur, celui des marchés de capitaux : près de quatre fois le prix accepté pour un courtier ordinaire. Un tel écart ne se justifie pas par le courtage, il se justifie par la promesse que Robinhood devienne autre chose qu'un courtier. La chaîne est le nom que cette promesse a pris depuis juillet.

La croissance, elle, existe vraiment, et c'est ce qui empêche de balayer le multiple d'un revers de main. Le chiffre d'affaires progresse de 34,50% sur le dernier trimestre par rapport au même trimestre un an plus tôt, contre 25,62% pour la médiane du même sous-secteur, et il a été multiplié par plus de trois en trois ans, soit 225,98% de hausse. Une société qui grandit à ce rythme ne se compare pas à un courtier installé, et c'est exactement l'argument que le prix reprend à son compte.

Le mécanisme qui relie la chaîne au compte de résultat mérite d'être nommé, parce qu'il n'est pas celui qu'on annonce. Des memecoins échangés en continu produisent des commissions de trading crypto, et c'est déjà la ligne la plus rentable du courtier. Des actions tokenisées, elles, produiraient un flux plus régulier et moins dépendant de l'humeur du marché. La chaîne fonctionne donc, mais elle alimente le segment le plus cyclique plutôt que celui qui stabiliserait les comptes.

L'ancrage habituel de ces analyses, la croissance des flux de trésorerie que le cours incorpore, ne peut pas servir ici : le free cash flow, la trésorerie qui reste une fois l'exploitation et les investissements payés, est négatif de 7,873 milliards de dollars sur douze mois, une mécanique propre aux courtiers dont le bilan porte le prêt sur marge et les soldes des clients. Le repère devient alors l'histoire du titre : son PER se situe au 64e centile de ses cinq dernières années, c'est-à-dire plus cher que 64% du temps sur cette période. Le multiple se lit mal seul : la comparaison avec les 172 sociétés du sous-secteur dit s'il est cher pour ce qu'il paie.

Ce que le marché en fait déjà

L'action cote 122,11 dollars le 8 septembre 2026, relevé TradingView. Elle a gagné 21,20% sur un an et se situe à 64,86% de sa fourchette des douze derniers mois, mais elle reste 20,64% sous son sommet de 153,86 dollars.

Le consensus est large et il est favorable : 28 analystes suivent le titre, dont 23 positifs, 3 neutres et 2 négatifs. Leur objectif moyen tourne autour de 127 dollars, soit un potentiel de 3,88% sur le cours du jour. Autrement dit, la communauté financière ne voit presque plus d'écart entre le prix et sa propre estimation, alors même qu'elle reste massivement positive sur le dossier.

C'est la vraie tension, et elle explique pourquoi une nouvelle aussi spectaculaire que 34,6 milliards de dollars échangés en deux mois ne fait pas bondir l'action. Le marché a payé la promesse d'infrastructure avant d'en voir la première facture, et il n'a plus grand-chose à payer par-dessus. Les attentes de bénéfice par action ont d'ailleurs été relevées de 12,07% en 90 jours, mais cette révision s'appuie sur les trimestres déjà publiés, pas sur un réseau qui ne facture encore rien.

La dispersion des objectifs dit la même chose autrement. Entre la cible la plus basse, 57 dollars, et la plus haute, 163,60 dollars, l'écart va du simple au triple, pour un écart-type de 23,90 dollars. Sur une valeur suivie par 28 maisons, une telle dispersion signale que le désaccord ne porte pas sur les comptes publiés, qui sont connus de tous, mais sur ce que vaut la partie du modèle qui n'existe pas encore : les actifs tokenisés, les contrats à terme, et désormais la chaîne.

Le titre reste par ailleurs très éloigné de son sommet du printemps. Un investisseur entré au plus haut porte encore une moins-value de plus de 20%, alors même que l'entreprise, elle, a continué de grandir sur la période.

Le point de bascule

L'indicateur à surveiller est le volume échangé après le 29 septembre, quand l'utilisateur paiera lui-même ses frais de transaction. Le verdict comptable, lui, tombera le 4 novembre 2026, date de la prochaine publication trimestrielle.

Si le volume se maintient une fois la gratuité levée, la chaîne cesse d'être un coût pour devenir une recette identifiable, et le consensus de 1,354 milliard de dollars de chiffre d'affaires attendu sur le trimestre en cours devient un plancher plutôt qu'un plafond.

Si au contraire le volume s'effondre dès que l'utilisateur paie, la démonstration n'aura prouvé que l'attrait de la gratuité, et l'action garde un multiple de 54,07 fois les bénéfices sans la ligne de revenus qui le soutient.

Un troisième paramètre mérite d'être suivi en parallèle : la part reversée à Arbitrum. Robinhood lui verse 10% de ses revenus nets sur la chaîne, ce qui veut dire qu'une partie de la question, pour l'actionnaire, est de savoir ce qui reste après ce partage une fois les frais réellement facturés.

Tant que la gratuité dure, les 34,6 milliards de dollars échangés restent une mesure d'intérêt, pas de rentabilité. Si le volume tient à partir du 29 septembre, le même chiffre devient la première preuve que le métier d'infrastructure paie, et c'est précisément ce que le multiple de 54,07 fois attend depuis juillet.

Les données, en clair

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