Points clés
- Warren Buffett, 95 ans, a personnellement initié l'entrée de Berkshire Hathaway au capital d'Alphabet
- La position totale atteint 31 milliards de dollars, dont environ 21 milliards en actions cotées et 10 milliards via un placement privé
- Berkshire a participé à une levée de fonds de 80 milliards de dollars lancée par Alphabet pour financer ses infrastructures d'intelligence artificielle
- Buffett admet avoir "fait une erreur" en n'investissant pas plus tôt, un regret exprimé depuis 2018
- Alphabet ne figure pas parmi ses positions préférées, classée derrière au moins quatre ou cinq autres entreprises du portefeuille
Un choix personnel, assumé à 95 ans
Warren Buffett a tranché lui-même. Dans un entretien accordé à CNBC, l'investisseur de 95 ans a confirmé avoir personnellement initié l'entrée de Berkshire Hathaway au capital d'Alphabet, la maison mère de Google. Son successeur désigné Greg Abel, qui conserve le dernier mot sur les décisions d'investissement, n'est pas à l'origine de ce pari. Buffett revendique la paternité d'une position qui atteint aujourd'hui 31 milliards de dollars, répartis entre environ 21 milliards en actions cotées et 10 milliards via un placement privé.
Cette clarification n'est pas anodine. Dans la période de transition que traverse Berkshire Hathaway, la question de savoir qui décide quoi prend une dimension particulière. En assumant publiquement la paternité de ce pari, Buffett envoie un signal clair : il reste actif dans la construction du portefeuille, même si Greg Abel demeure le décideur final sur les investissements. Ce partage des rôles, explicitement rappelé dans l'entretien, illustre la manière dont la passation de pouvoir s'organise au sein du conglomérat, sans rupture brutale ni effacement du fondateur.
Ce placement privé s'inscrit dans une levée de fonds de 80 milliards de dollars lancée par Alphabet pour financer ses infrastructures d'intelligence artificielle. Berkshire a d'abord révélé sa participation au troisième trimestre 2025, avant de l'élargir dans les mois suivants. La progression de la position témoigne d'une conviction qui s'est construite par étapes, loin d'un mouvement impulsif.
Un regret vieux de huit ans, une conviction tempérée
Buffett ne cache pas l'ambivalence de sa position. Il admet avoir "fait une erreur" en n'investissant pas plus tôt dans Alphabet, un regret qu'il exprime publiquement depuis 2018. Longtemps réticent aux valeurs technologiques, il reconnaît avoir sous-estimé la durabilité du modèle économique de Google. Cette autocritique, rare dans le monde de la gestion d'actifs, dit quelque chose sur la manière dont Buffett lit ses propres angles morts : il ne s'agit pas d'une posture de communication, mais d'un constat factuel sur une occasion manquée pendant plusieurs années.
Mais l'enthousiasme reste mesuré. Alphabet ne figure pas parmi ses positions préférées : il la classe derrière au moins quatre ou cinq autres entreprises du portefeuille Berkshire. Ce n'est pas un coup de foudre tardif, c'est un rattrapage raisonné. La nuance est importante : entrer au capital d'une entreprise ne signifie pas en faire un pilier de conviction absolue. Buffett distingue clairement ce qu'il considère comme ses meilleures affaires de ce qui constitue des paris solides mais secondaires.
La course à l'IA, un jeu à centaines de milliards sans précédent
Derrière ce pari, une interrogation de fond. Buffett pointe le coût vertigineux de la course aux infrastructures d'IA, où les géants technologiques alignent "des centaines de milliards" de dollars. Ce niveau de dépenses n'a pas d'équivalent à l'ère du logiciel, où les marges se construisaient avec peu de capital fixe. La participation de Berkshire à la levée de 80 milliards d'Alphabet s'inscrit précisément dans ce contexte : Alphabet mobilise des ressources considérables pour bâtir les fondations matérielles de l'intelligence artificielle et Buffett a choisi d'y prendre part via ce placement privé de 10 milliards.
Investir dans Alphabet, c'est donc aussi parier que ces dépenses massives produiront un retour, dans un secteur où la visibilité à long terme reste limitée même pour le meilleur investisseur du siècle. Buffett ne prétend pas avoir résolu cette équation. Il a simplement décidé, à 95 ans, que le risque valait d'être pris.









