"I initiated it" : Buffett sort du silence
Le 15 juillet 2026, dans un entretien accordé à Becky Quick sur CNBC, Warren Buffett a tranché une question qui circulait depuis la révélation de la position au troisième trimestre 2025 : c'est lui et non son successeur désigné Greg Abel, qui a décidé d'entrer au capital d'Alphabet. "I initiated it", a-t-il déclaré, tout en précisant qu'Abel reste le décideur final pour les investissements de Berkshire Hathaway.
La position totale du conglomérat est aujourd'hui évaluée à 31 milliards de dollars, combinant environ 21 milliards en actions cotées et 10 milliards via un placement privé. Ce placement privé s'inscrit dans la levée de 80 milliards de dollars lancée par Alphabet pour financer ses infrastructures d'intelligence artificielle. Berkshire a d'abord révélé une première tranche d'environ 17,8 millions d'actions au troisième trimestre 2025, puis a significativement renforcé sa participation au premier trimestre 2026, ajoutant 36,4 millions d'actions de classe A et 3,6 millions de classe C, pour un total d'environ 58 millions de titres.
Un regret vieux de huit ans, une conviction mesurée
Buffett ne cache pas l'ambivalence de sa position. Il admet avoir "fait une erreur" en n'investissant pas plus tôt dans Alphabet, un regret qu'il exprime publiquement depuis 2018. L'homme de 95 ans, longtemps réticent aux valeurs technologiques, reconnaît avoir laissé passer une fenêtre.
Mais il tempère aussitôt. Alphabet ne figure pas parmi ses positions préférées : il la classe derrière au moins quatre ou cinq autres participations du portefeuille Berkshire. Ce n'est pas un coup de foudre tardif, c'est un pari raisonné, assumé avec une certaine réserve.
La vraie question : le coût de la course à l'IA
Derrière l'anecdote de la paternité de l'investissement, Buffett soulève un enjeu de fond. Sa vraie interrogation porte sur la soutenabilité financière de la course à l'intelligence artificielle, où les géants du secteur alignent "des centaines de milliards" de dépenses. Un niveau d'engagement en capital sans équivalent à l'ère du logiciel, où les marges se construisaient sans mobiliser de telles infrastructures physiques.
Cette réserve n'a pas empêché Berkshire de s'asseoir à la table : participer à une levée de 80 milliards pour des infrastructures IA, c'est précisément parier que les acteurs capables de financer cette course seront aussi ceux qui en sortiront en position dominante. Buffett mise sur Alphabet tout en doutant du modèle économique global du secteur, une posture qui lui ressemble.







