Le 27 septembre 2012, six noms du monde Bitcoin signent ensemble un acte fondateur qui va diviser la communauté pendant des années.
Gavin Andresen, Jon Matonis, Charlie Shrem, Roger Ver, Peter Vessenes et Mark Karpelès annoncent la création de la Bitcoin Foundation. L'objectif affiché : donner à Bitcoin une voix officielle, des standards techniques, et une façade présentable face aux régulateurs. À ce moment, le bitcoin s'échange à 12,31 USD. La capitalisation totale du réseau dépasse à peine 100 millions de dollars.
Un casting qui fait rêver... et frémir
Sur le papier, le board est solide. Andresen est le lead maintainer de Bitcoin Core, la référence technique absolue. Matonis prend le rôle d'Executive Director. Shrem dirige BitInstant, l'un des premiers services d'achat de BTC. Karpelès, lui, est à la tête de Mt. Gox, l'exchange qui traite alors l'essentiel du volume mondial.
Le problème, c'est que ce casting va virer au désastre en quelques années. Shrem est arrêté en 2014 pour blanchiment d'argent lié à Silk Road. Mt. Gox s'effondre la même année dans le plus grand scandale de l'histoire crypto, emportant 850 000 BTC et la réputation de Karpelès. La fondation censée légitimer Bitcoin se retrouve associée à ses pires scandales.
L'institutionnalisation qui dérange
Dans la communauté, la réaction est mitigée dès le premier jour. Beaucoup voient dans cette fondation une trahison de l'esprit décentralisé de Bitcoin. Créer une organisation 501(c)3 basée aux États-Unis pour « représenter » un protocole sans propriétaire, c'est une contradiction dans les termes pour une partie des cypherpunks.
La fondation survit pourtant jusqu'en 2019, avant de se dissoudre discrètement, vidée de ses fonds et de sa crédibilité. Elle aura quand même financé le développement de Bitcoin Core pendant plusieurs années et ouvert la voie à d'autres structures comme la Blockchain Association.
À retenir - ce 27 septembre 2012, le bitcoin valait 12 dollars. Aujourd'hui à 80 186 USD, la question de qui « représente » Bitcoin reste entière. La fondation a disparu, mais le protocole, lui, tourne toujours.