Juin 2016. Un hacker vide 3,6 millions d'ETH d'un fonds décentralisé. La communauté Ethereum doit choisir : laisser faire, ou réécrire l'histoire.
Le braquage qui force la main
Le DAO, c'est l'expérience la plus ambitieuse de l'époque. Un fonds d'investissement entièrement géré par du code, qui lève 150 millions de dollars en ETH au printemps 2016. Personne n'avait jamais vu ça. Puis en juin, un inconnu exploite une faille dans le smart contract et aspire 3,6 millions d'ETH, soit environ 50 millions de dollars à l'époque. Le réseau entier regarde, impuissant. Le code a fonctionné exactement comme prévu. C'est bien là le problème.
Vitalik Buterin et la Fondation Ethereum proposent l'impensable : rembobiner la blockchain pour récupérer les fonds. Un vote communautaire s'organise. 85% disent oui. Le 20 juillet 2016, au bloc 1 920 000, le hard fork s'active. Les 3,6 millions d'ETH volés atterrissent dans un contrat de récupération. Les victimes du DAO peuvent récupérer leur mise.
Deux chaînes, deux religions
Mais une minorité refuse. Pour eux, toucher à la blockchain, c'est trahir tout ce pour quoi elle existe. Leur slogan : « Code is law. » Si le code a permis le hack, le hack est légitime. L'immutabilité n'est pas négociable. Ces dissidents continuent de miner la chaîne originale, qui devient Ethereum Classic, ETC. Environ 95% des nœuds et des mineurs suivent la nouvelle chaîne ETH. ETC survit quand même, porté par des idéalistes et quelques exchanges qui listent les deux tokens.
Au moment du fork, ETH s'échange autour de 12 USD. Deux blockchains coexistent désormais, avec la même histoire jusqu'au bloc 1 919 999, et des destins radicalement différents à partir du 1 920 000.
Le précédent qui hante encore
Ce split pose une question que la crypto n'a jamais vraiment résolue : qui gouverne une blockchain décentralisée ? La majorité ? Le code ? Les développeurs ? Ethereum a choisi la majorité. Bitcoin, face à ses propres crises, a souvent choisi le code.
Aujourd'hui, ETH dépasse les 1 500 USD et a traversé The Merge en 2022. ETC représente environ 2% de la capitalisation d'ETH. Le débat « code is law » reste vivant à chaque fois qu'un protocole envisage d'intervenir après un hack. 🔱