Le 15 septembre 2022 à 11h58 CEST, Ethereum coupe le moteur et change de carburant en plein vol.
Sept ans de développement. Des centaines de développeurs. Des reports à répétition. Et puis, au bloc 15 537 394, ça bascule. Le réseau passe du Proof-of-Work au Proof-of-Stake sans une seconde de downtime. Vitalik Buterin poste trois mots sur Twitter : « The Merge has happened. » Le forum s'emballe. Les streams live explosent de commentaires. Personne ne sait vraiment si ça va tenir.
Ça tient.
Changer les roues d'une voiture à 200 km/h
L'analogie circule depuis des mois dans la communauté : migrer Ethereum en PoS, c'est remplacer le moteur d'un avion en plein vol. La Beacon Chain, la chaîne PoS parallèle, tourne depuis décembre 2020. Elle attend patiemment. Plus de 400 000 validateurs ont déjà staké environ 13,8 millions d'ETH, soit 20 milliards de dollars à l'époque. Le jour J, les deux chaînes fusionnent. Le réseau PoW s'éteint. Les mineurs, qui dépensaient l'équivalent de 200 TWh par an en électricité, sont mis sur la touche.
La consommation énergétique d'Ethereum chute de 99,95 %. De 200 TWh à 0,01 TWh par an. Du jour au lendemain.
La Triple Halvening
L'autre effet, moins médiatisé mais tout aussi brutal : l'émission de nouveaux ETH s'effondre. En PoW, les mineurs recevaient des récompenses qui gonflaient le supply à environ 4,7 % par an. En PoS, ce taux tombe à 0,5 %. Une réduction de 90 % en un seul bloc. La communauté baptise ça la « Triple Halvening », en référence aux halvings Bitcoin. ETH flotte autour de 1 600 USD ce jour-là. Le marché encaisse sans panique.
Bitcoin, lui, reste stable autour de 19 700 USD le jour du Merge, sans réaction marquée.
Aujourd'hui, avec BTC à 80 186 USD et l'écosystème Ethereum qui a enchaîné les upgrades post-Merge (Shanghai en 2023 pour les retraits de stake, Dencun en 2024), ce basculement ressemble à ce qu'il était : la plus grande migration technique de l'histoire des blockchains publiques, réussie sans accroc. Un pari que beaucoup jugeaient trop risqué pour être tenté.