Le pari à contre-courant d'un gérant hors norme
Leopold Aschenbrenner n'est pas un gérant ordinaire. Licencié d'OpenAI après avoir alerté en interne sur le risque de vol des modèles d'IA par la Chine, il a depuis multiplié par 24 une mise initiale de 225 millions de dollars, atteignant 5,5 milliards en douze mois. Son dernier dépôt 13F, le document réglementaire obligatoire aux États-Unis pour les grands fonds, révèle une conviction tranchée : les puces qui alimentent le boom de l'IA sont surévaluées.
Son top 10 de positions vendeuses (via puts) totalise 8,45 milliards de dollars. Le VanEck Semiconductor ETF SMH arrive en tête à 2,04 milliards, suivi de Nvidia à 1,57 milliard, Oracle à 1,07 milliard, Broadcom à 1,01 milliard et AMD à 969 millions. Micron et Taiwan Semiconductor complètent la liste à respectivement 584 et 535 millions. Le cas Intel est emblématique : un call haussier de 747 millions de dollars ouvert il y a trois mois a été retourné en puts.
Long sur le béton, short sur les puces
La logique du trade est chirurgicale. Aschenbrenner ne parie pas contre l'IA, il parie contre la couche matérielle la plus exposée aux marges et aux cycles d'inventaire. En face, il renforce les sociétés qui construisent et alimentent les data centers : Bloom Energy pèse 879 millions dans son portefeuille, CoreWeave 556 millions.
La partie la plus révélatrice concerne les anciens mineurs de Bitcoin reconvertis en infrastructures d'hébergement. Applied Digital, IREN, CleanSpark, Riot Platforms, Bitfarms et une entrée neuve sur HIVE Digital figurent tous dans ses positions longues. CleanSpark se distingue : le nombre de titres détenus a bondi de 648 %.
Le trade synthétique est lisible. Être long sur ceux qui coulent le béton et fournissent l'énergie, shorter via puts les fabricants de puces qui tournent à l'intérieur. C'est un pari sur la compression des marges des équipementiers face à des clients hyperscalers qui négocient âprement leurs prix, et sur la montée en puissance d'une infrastructure énergétique décentralisée. Reste à savoir si le marché lui donnera raison aussi vite que la dernière fois.









