Le premier débat de la présidentielle 2027 s'est tenu au MEDEF et a été diffusé sur LCI. Il a duré un peu plus de 3 heures et a réuni les 7 candidats déclarés. Ce sont 5 chefs d'entreprise qui ont posé les questions.
Tout ce qui suit est tiré de la transcription intégrale de ce débat. Aucun chiffre n'a été ajouté depuis une autre source.
Dette et déficit
La question d'ouverture vient d'Éric Malenfer, géomètre-expert. Il demande une date à partir de laquelle l'État cessera d'emprunter pour financer son fonctionnement, après avoir rappelé que la France cumule 45,3% de prélèvements, 57,3% de dépenses publiques et 4,8% de déficit.
Ce n'est pas du tout une opinion, c'est une soustraction.
Gabriel Attal est le seul à répondre par des millésimes. Il annonce un retour sous 3% de déficit en 2032 et l'équilibre en 2037. Il désigne la dépense sociale comme principal gisement d'économies, en s'appuyant sur l'INSEE pour affirmer que l'État a dépensé moins en 2024 qu'en 2023. Il ajoute 2 leviers moins détaillés, l'intelligence artificielle dans les administrations et une réduction du nombre de collectivités territoriales.
Bruno Retailleau vise l'équilibre en 5 ans, par la dépense. Il chiffre une baisse de 250 000 à 300 000 fonctionnaires, réserve le statut aux missions régaliennes et veut que chaque opérateur public justifie son existence tous les 3 ans.
Marine Le Pen s'engage à rembourser et à inscrire une règle d'or dans la Constitution, avec 125 milliards d'euros d'économies. Elle cite 3 cibles, les agences de l'État, l'immigration et la contribution nette à l'Union européenne qu'elle veut ramener à 5 milliards. Son alerte porte sur le refinancement de la dette, devenu selon elle le moteur de l'effet boule de neige davantage que le niveau des taux.
Édouard Philippe propose une règle d'or contraignant le Parlement à respecter l'équilibre. Il refuse toute annulation et compare la situation à celle de la Grèce avant sa crise. Comme Attal, il désigne la dépense sociale, en observant que la France y consacre 3 points de PIB de plus que l'Allemagne pour les seules retraites.
Raphaël Glucksmann accepte le principe des économies et propose une taxation des plus hauts patrimoines, mais conteste le diagnostic. Pour lui la dette est structurelle et vient de la désindustrialisation des années 80 et 90, donc la réponse passe par le rapatriement d'usines plutôt que par le rabotage de l'État.
Marine Tondelier inverse la causalité. Elle avance que les baisses d'impôts du mandat, 62 milliards par an, pèsent la moitié du déficit annuel. Elle demande aussi une fiscalité plus équitable entre entreprises, en relevant que les PME acquittent 21% de leur excédent net d'exploitation contre 14% pour les grands groupes.
Jean-Luc Mélenchon propose d'annuler la dette détenue par la Banque centrale européenne, qu'il décrit comme une dette à nous-mêmes puisque la France est membre de l'euro. Il exclut à ce stade les créanciers privés. Il avance par ailleurs que la suppression des aides aux entreprises ferait disparaître le déficit de l'État, en opposant les 120 à 210 milliards d'aides recensées aux 150 milliards de déficit.
Retraites
Le même chef d'entreprise demande si les candidats rétabliront le calendrier de la réforme de 2023, suspendue jusqu'en 2028. Les réponses se répartissent en 3 camps.
Rétablir puis changer de système. Attal était opposé à la suspension et confirme que le calendrier reprendra. Il juge que le problème n'est plus paramétrique et propose un système universel fondé sur la durée de cotisation, assorti d'un pilier de capitalisation. Il ajoute qu'un système bâti aujourd'hui ne serait pas un système par répartition.
Retailleau assume un âge légal et veut lier l'âge de départ à l'espérance de vie par une équation proportionnelle, un dispositif introduit sous François Fillon mais jamais activé. Il y ajoute un étage de capitalisation qu'il qualifie de populaire, en précisant qu'il ne produira ses effets que dans 15 à 20 ans. Son argument démographique tient en un chiffre, 4 cotisants par retraité à sa naissance contre un peu plus de 1,6 aujourd'hui.
Philippe défend le principe de travailler plus longtemps sans jamais donner d'âge, malgré 3 relances de l'animatrice. Il précise que l'effort doit porter davantage sur ceux qui le peuvent et tenir compte de la réalité des métiers.
Réécrire selon l'entrée dans la vie active. Le Pen refuse une entrée comptable et part du taux d'emploi, en relevant 15 points de retard sur l'Allemagne chez les jeunes et un premier emploi effectif à 27 ans. Son barème lie la durée de cotisation à l'âge du premier emploi. Ceux qui ont commencé avant 20 ans cotiseront 40 ans et partiront à 60 ans, la progression allant jusqu'à 42 annuités et 62 ans pour une entrée à 24 ans et demi. Elle propose aussi de supprimer les cotisations retraite et chômage pour ceux qui poursuivent au-delà de l'âge et assume un coût de 9 milliards d'euros en année pleine.
Abroger. Mélenchon abroge et revient à 62 ans, avec l'objectif de retourner à 60 ans. Il défend la valeur du temps libéré, qui n'est pas du travail salarié mais du temps civique, familial et associatif. Glucksmann abroge également en jugeant la réforme injuste, mais assume qu'une autre réforme sera nécessaire et devra se fonder sur la pénibilité. Tondelier abroge au nom de la méthode, la réforme étant selon elle passée de manière illégitime.
Coût du travail
La question vient de Vincent Furlan, dirigeant d'un cabinet de recrutement. Pour un salarié payé 2 900 euros net annoncés, 2 250 euros arrivent dans la poche avant impôt quand le poste lui coûte 4 100 euros.
Baisser les cotisations. Retailleau propose un allègement dès la première heure, en distinguant ce qui relève de l'assurance de ce qui relève de la solidarité. Sa mesure principale est un seuil de zéro cotisation, ni salariale ni patronale, à partir de la 36e heure, soit 35% de coût du travail en moins sur ces heures. En contrepartie il assume de plafonner à 70% le total des prestations sociales.
Attal veut d'abord annuler les hausses intervenues depuis 2024. Il rappelle s'être opposé à une augmentation de 4,5 milliards prévue dans la copie Barnier, ramenée à 1,5 milliard. Sa priorité affichée porte sur les charges salariales, pour faire monter le net. Il relie enfin les salaires à la productivité, en avançant que le salaire médian atteindrait 3 300 euros net au lieu de 2 200 si la France avait suivi la trajectoire américaine depuis 2000.
Déplacer l'assiette. Philippe situe le surcoût français au-delà de 2,5 SMIC, donc sur les emplois qualifiés et industriels. Sa réponse consiste à contenir la dépense sociale puis à élargir l'assiette de son financement au-delà du seul travail, ce qui le rend ouvert à la TVA sociale portée par le président du MEDEF. Il en fait un enjeu de régime, en rappelant qu'aucune démocratie ne résiste à l'affaiblissement durable des classes moyennes populaires.
Refuser la marge. Le Pen est la seule, dans une salle patronale, à dire qu'il n'y a plus de marge budgétaire pour baisser davantage le coût du travail. Elle rappelle que les exonérations atteignent 77 milliards contre 21 milliards en 2014. Son levier se déplace vers les dépenses contraintes, avec une TVA sur l'énergie ramenée de 20 à 5,5%. Elle s'oppose à la TVA sociale, neutre pour les salariés mais pas pour les retraités, les chômeurs et les jeunes.
Augmenter les salaires. Glucksmann propose de baisser la CSG sur les salaires et de financer cette baisse chez les méga-héritiers. Tondelier porte un SMIC à 2 000 euros bruts et conteste le cadrage, le coût du travail étant selon elle quasiment stable quand celui de l'énergie a flambé. Elle rappelle que l'écart entre le brut et le net correspond à du salaire différé. Mélenchon veut également augmenter le SMIC et avertit que la consommation populaire représente 55% du PIB.
Une précision de lecture
Marine Tondelier cite elle-même un déficit annuel de 150 milliards puis qualifie ses 62 milliards de baisses d'impôts de moitié du déficit. Le rapport exact est de 41%.
Plus largement, les affirmations rapportées ici sont celles des candidats. Elles ont été vérifiées comme ayant été prononcées pendant le débat, ce qui ne préjuge pas de leur exactitude.
Pourquoi c'est important
Ces 3 sujets ne relèvent pas du commentaire politique. Ils fixent l'âge auquel un actif d'aujourd'hui partira, le montant qui tombera réellement sur sa fiche de paie et le niveau de prélèvement que supportera son entreprise. Sur chacun, l'écart entre les 7 propositions se compte en années de travail et en milliers d'euros.
Le débat a aussi montré où passent les vraies lignes de fracture. Elles ne recoupent pas la carte des partis. Sur la règle d'or, Philippe et Le Pen convergent. Sur la capitalisation, Attal va plus loin que Retailleau. Et devant une salle de patrons, c'est Le Pen qui refuse de promettre une baisse supplémentaire du coût du travail.
Pour suivre la campagne autrement que par les sondages, les marchés de prédiction donnent une lecture continue des probabilités.






