200 000 dollars pour une part à 3 milliards
Fin 2022, Alameda Research, le fonds de Sam Bankman-Fried, acquiert 5 % de Cursor, l'éditeur d'IA spécialisé dans l'assistance au code. Prix payé : une somme modeste. Prix de revente, lors de la liquidation forcée de 2023 : 200 000 dollars, soit exactement le même montant. Depuis, SpaceX a racheté Cursor sur une valorisation de 60 milliards de dollars. La participation cédée à la casse vaudrait aujourd'hui près de 3 milliards.
C'est vertigineux. Mais Cursor n'est que la partie visible d'un portefeuille bien plus large.
114 milliards : le chiffre qui résume tout
Selon les estimations qui circulent, l'ensemble des positions d'Alameda Research, conservées jusqu'à aujourd'hui, représenterait 114 milliards de dollars. Le détail est éloquent : Anthropic à environ 75 milliards pour 500 millions investis, SpaceX à environ 10 milliards pour 100 millions, Robinhood à environ 5 milliards pour 648 millions, et Genesis Digital à environ 3 milliards pour 1,15 milliard engagé.
Ces chiffres placeraient SBF parmi les 20 plus grandes fortunes mondiales, dans un monde parallèle où FTX n'aurait jamais implosé. Le rendement sur Anthropic seul, multiplié par 150, illustre une thèse d'investissement dans l'IA générative qui s'est révélée juste bien avant que le grand public ne comprenne l'enjeu.
Le paradoxe est total et brutal : les choix d'allocation de capital étaient, sur le fond, remarquables. C'est la fraude, le détournement des fonds clients et l'effondrement de FTX qui ont rendu ces gains impossibles à réaliser. Les créanciers ont récupéré des centimes là où des milliards dormaient. SBF purge une peine de 25 ans de prison. Et les actifs ont été liquidés au pire moment, sur des marchés en chute libre, par des administrateurs judiciaires sans marge de manoeuvre.
La question n'est pas de savoir si SBF était un bon investisseur. La question est de comprendre comment un flair aussi affûté a pu coexister avec une gestion aussi frauduleuse des dépôts clients.












