Riyad tourne le dos au réseau blockchain de Pékin
L'Arabie saoudite se retire du système de paiement en monnaie numérique de banque centrale piloté par la Chine. Ce réseau, qui connecte plusieurs banques centrales via une infrastructure blockchain commune, avait pour ambition déclarée de réduire la dépendance collective au dollar dans les règlements internationaux. Le principe était simple : en permettant à des banques centrales de régler des transactions directement entre elles sur une infrastructure partagée, le réseau cherchait à contourner les circuits traditionnels libellés en dollars. Le départ de Riyad prive le projet d'un acteur de premier plan dans la région du Golfe et envoie un signal difficile à ignorer pour les autres participants.
Le calendrier du retrait n'est pas anodin. Washington vient d'annoncer un soutien militaire renforcé au royaume saoudien, en réponse aux attaques revendiquées par les Houthis contre Riyad et des installations d'Aramco à Yanbu. La séquence est lisible : le rapprochement sécuritaire avec les États-Unis referme, au moins provisoirement, la fenêtre d'une coopération monétaire avec Pékin. Lorsque la sécurité d'un pays dépend d'un partenaire militaire, les marges de manoeuvre pour des initiatives monétaires alternatives se réduisent considérablement. Riyad se retrouve ainsi dans une position où les impératifs de défense prennent le pas sur les expérimentations financières, aussi prometteuses qu'elles aient pu paraître.
La dédollarisation perd un poids lourd du Golfe
Depuis plusieurs années, le projet d'un système de règlement alternatif au dollar mobilisait des banques centrales de pays émergents et exportateurs d'hydrocarbures. L'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, représentait un signal fort dans cette dynamique : une participation saoudienne aurait ancré le réseau dans les flux pétroliers, là où le dollar reste structurellement dominant. Le pétrole est en effet le secteur où la domination du dollar est la plus enracinée et toute tentative de dédollarisation qui ne touche pas aux flux énergétiques reste nécessairement partielle. C'est précisément pour cette raison que la présence saoudienne dans ce réseau blockchain avait une valeur symbolique et pratique que peu d'autres membres auraient pu apporter.
Son retrait inverse ce signal. Le conflit au Yémen et la menace houthie sur les infrastructures énergétiques saoudiennes replacent Riyad dans l'orbite de sécurité américaine, ce qui rend politiquement difficile toute coopération monétaire avec Pékin. Les attaques contre des installations d'Aramco à Yanbu illustrent concrètement la vulnérabilité des infrastructures pétrolières saoudiennes et donc la dépendance de Riyad à des garanties de sécurité extérieures. Le dollar retrouve ainsi un levier géopolitique que la dédollarisation semblait, un temps, lui disputer. Le conflit au Yémen permet en ce sens de rejouer des cartes géopolitiques favorables à la monnaie américaine, comme le souligne l'enchaînement des événements récents.
Côté marchés, les corrélations signalent une exposition indirecte du dollar index, le DXY, à cette dynamique, via la thèse de dédollarisation. Le fonds pétrolier USO est lui aussi exposé indirectement, par le biais des flux énergétiques du Golfe. La lecture de marché associée à cette nouvelle est haussière, ce qui traduit l'idée que le retrait saoudien renforce la position du dollar dans les règlements internationaux, au moins à court terme. Les marchés de prédiction actifs sur cette séquence portent sur des questions directement liées au conflit : actions militaires houthies contre l'Arabie saoudite, réponses saoudiennes au Yémen, implication de troupes saoudiennes dans le conflit, actions militaires saoudiennes contre l'Iran et redémarrage du pipeline pétrolier Est-Ouest saoudien. Ces questions résument bien les incertitudes qui pèsent sur la région et qui conditionnent, en retour, la trajectoire de la dédollarisation dans les mois à venir.










