Un marché obligataire qui échappe au contrôle du Trésor
Le rendement du bon du Trésor américain à 30 ans a franchi 5,3%, un niveau inédit depuis 2007. Celui du 10 ans évolue autour de 4,95% et se rapproche du seuil de 5%, qu'il n'avait plus approché depuis octobre 2023. Le graphique publié par @KobeissiLetter montre la séquence précise : le 19 août, le Trésor a annoncé une intervention directe, portant ses rachats de dette longue à 6 milliards de dollars par opération, soit le triple du rythme antérieur. Les rendements ont brièvement reculé à l'annonce, avant de reprendre leur ascension pour atteindre 4,90% sur le 10 ans.
Ce décrochage entre l'action du Trésor et la réaction du marché est le signal le plus préoccupant de la séquence. Quand une intervention de cette ampleur ne produit qu'un effet de quelques heures, c'est que la pression vendeuse sur les obligations longues est structurelle, pas conjoncturelle.
Inflation ancrée, déficits records et retournement des anticipations Fed
Le déclencheur immédiat est la guerre en Iran, engagée depuis le 28 février. Le pétrole a dépassé 100 dollars, soit une hausse de plus de 50% depuis juillet et le diesel a atteint un record historique juste avant son pic de demande saisonnier. L'onde de choc sur les prix est directe : l'inflation PPI ressort à +5,4% et l'indice CPI dépasse la cible de 2% de la Fed pour le 60e mois consécutif.
Conséquence sur les anticipations : début 2026, le marché intégrait trois baisses de taux de la Fed. Il anticipe désormais deux hausses, soit un revirement de 125 points de base. @KobeissiLetter ne lit pas ce retournement comme un simple ajustement cyclique. Il y voit une défaillance structurelle : une inflation ancrée, des déficits annuels dépassant 2 000 milliards de dollars et aucune trajectoire de sortie sans restructuration de la dette.
La proposition de Donald Trump d'un « dividende » de 5 000 dollars par adulte américain, conditionnée à une victoire républicaine aux midterms et chiffrée à environ 1 200 milliards de dollars, s'inscrit dans ce contexte de pression budgétaire déjà extrême. Le parallèle avec les années 1970, période de stagflation prolongée, est explicitement posé comme la hantise dominante du marché.
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Sens qualitatif, sans prévision de prix. Source : nos modèles de corrélation historique.
Selon nos modèles de corrélation historique, une inflation ancrée au-dessus de la cible repousse l'horizon des baisses de taux et pèse généralement sur le Bitcoin et les actions, tout en renforçant le dollar. Sur l'or, la nuance est importante : ce sont les taux réels, corrigés de l'inflation, qui comptent ; si les taux nominaux montent plus vite que l'inflation, les taux réels progressent et peuvent peser sur l'or malgré un contexte inflationniste. A l'inverse, un dollar qui se déprécie structurellement sous l'effet de déficits incontrôlés protege les détenteurs d'actifs réels comme le Bitcoin ou l'or. Ces deux forces jouent simultanément, dans des directions opposées selon l'horizon de temps considéré.










