Points clés
- Metaplanet a perdu 9,9% mardi, portant son recul cumulé à 17% sur deux séances
- L'action est tombée à 244 yens alors que le bitcoin ne reculait que de 1% à 78 464 dollars
- La controverse porte sur le plan Series 10, adopté en décembre 2022, qui a fait gonfler le pool d'options dirigeants de 46 millions à 319 millions de titres
- Le PDG Simon Gerovich a annoncé un gel du pool le 18 août, mais les investisseurs réclament l'annulation pure et simple des 273 millions de titres supplémentaires
Une chute qui dépasse largement le repli du bitcoin
Metaplanet a perdu 9,9% mardi, portant son recul cumulé à 17% sur deux séances. L'action est tombée à 244 yens, un niveau visible sur le graphique de cours joint au tweet, qui affiche des bougies japonaises en nette dégradation sur plusieurs séances consécutives. Le mouvement ne s'explique pas par le bitcoin : la cryptomonnaie ne reculait que de 1% sur la journée, à 78 464 dollars. L'écart entre les deux actifs est éloquent et mérite d'être souligné. La société japonaise, qui a bâti sa stratégie autour d'une trésorerie en bitcoin, subit ici une crise de gouvernance, pas une correction de marché.
Cet écart de performance est d'autant plus frappant que Metaplanet a précisément construit son identité boursière sur une corrélation assumée avec le bitcoin. Lorsque la cryptomonnaie progresse, l'action est censée amplifier le mouvement à la hausse ; lorsqu'elle recule légèrement, l'action ne devrait pas s'effondrer de façon aussi disproportionnée. Le fait que le bitcoin soit resté quasiment stable sur la période, en baisse de seulement 1%, rend la chute de 17% en deux séances d'autant plus difficile à attribuer à une simple correction de marché. C'est bien la controverse interne qui pèse sur le titre.
Le déclencheur immédiat est la publication dimanche d'un message du PDG Simon Gerovich, censé apaiser les tensions. Lundi, premier jour de bourse suivant cette prise de parole, l'action a reculé de 7,5%. La note n'a pas éteint la controverse. Au contraire, la réaction du marché sur les deux séances suivantes suggère que les investisseurs ont jugé la réponse insuffisante, voire qu'elle a cristallisé leurs inquiétudes plutôt que de les dissiper.
Le plan Series 10, au coeur du litige
La controverse porte sur un mécanisme adopté en décembre 2022, soit plus d'un an avant le virage stratégique vers le bitcoin d'avril 2024. Le plan Series 10 prévoyait que le pool d'actions réservé aux dirigeants s'ajuste automatiquement pour représenter 20% du capital dilué. Résultat : au fil des levées de fonds successives, ce pool est passé de 46 millions à 319 millions de titres, soit une multiplication par près de sept.
Ce mécanisme automatique est au coeur du grief des actionnaires. A chaque nouvelle levée de fonds destinée à financer l'accumulation de bitcoin, le capital de la société se diluait et le pool d'options dirigeants grossissait mécaniquement en proportion, sans que les actionnaires aient eu à se prononcer explicitement sur chaque tranche supplémentaire. Le lien entre la stratégie bitcoin, qui a nécessité des levées de fonds répétées et l'enrichissement potentiel des dirigeants via ce pool automatique est précisément ce que les investisseurs minoritaires contestent.
Gerovich a annoncé avoir gelé ce pool le 18 août à 319,46 millions d'actions. Les conditions : un prix d'exercice de 10 yens et un blocage de cinq ans, jusqu'en août 2031. Pour les investisseurs, ce gel ne suffit pas. Ils réclament l'annulation pure et simple des 273 millions de titres supplémentaires, qu'ils jugent acquis dans des conditions contestées, c'est-à-dire accumulés mécaniquement grâce à des dilutions successives sans décision explicite des actionnaires sur chaque tranche.
L'enjeu est structurel : si ces options sont exercées à 10 yens l'unité, les dirigeants encaisseraient une plus-value massive sur des titres dont la valeur a été portée par des capitaux levés auprès du marché. C'est précisément ce transfert de valeur que les actionnaires minoritaires refusent de valider a posteriori. Le gel annoncé par Gerovich fixe certes un plafond au pool, mais il ne remet pas en cause les 273 millions de titres supplémentaires déjà constitués depuis l'origine du plan. Tant que cette question n'est pas tranchée, la pression sur le titre risque de persister, indépendamment de l'evolution du bitcoin.











