Points clés
- OpenAI déclare 40 milliards de dollars de revenus annualisés, Anthropic 65 milliards.
- DeepSeek plafonne à 500 millions, MiniMax à 800 millions, Moonshot à 1 milliard.
- Les deux géants américains génèrent à eux seuls environ dix fois plus que l'ensemble des acteurs chinois recensés.
- DeepSeek se traite à 163 fois ses revenus, contre 34 fois pour OpenAI et 21 fois pour Anthropic.
- Sur les marchés de prédiction, Anthropic est donnée à 100% de chances d'être valorisée plus haut qu'OpenAI en 2026.
Un fossé de revenus sans équivoque
Le cabinet américain Rhodium Group a publié une comparaison des revenus annualisés des principaux modèles d'IA américains et chinois. Le verdict est net : OpenAI déclare 40 milliards de dollars de revenus annualisés, Anthropic 65 milliards. En face, DeepSeek plafonne à 500 millions de dollars, MiniMax à 800 millions et Moonshot à 1 milliard. Le graphique de Rhodium Group recense également d'autres acteurs chinois, parmi lesquels Z.ai MaaS, Alibaba Bailian MaaS et ByteDance Large Model. Rapportés à l'ensemble de ces acteurs réunis, les deux géants américains génèrent à eux seuls environ dix fois plus que le camp chinois dans son intégralité.
Ce rapport de force reflète une réalité commerciale concrète : les entreprises et les développeurs qui paient pour des API ou des abonnements restent massivement ancrés dans l'orbite OpenAI et Anthropic. La domination n'est pas marginale, elle est structurelle. Les chiffres de revenus annualisés ont été relevés à des dates précises : juin pour DeepSeek, août pour MiniMax, Moonshot, Z.ai MaaS et Alibaba Bailian MaaS, juillet pour ByteDance Large Model, août pour OpenAI et juillet pour Anthropic. Ces instantanés successifs dessinent une photographie cohérente d'un secteur où la monétisation effective reste très concentrée du côté américain.
Moonshot, pourtant le mieux loti côté chinois avec 1 milliard de dollars de revenus annualisés, affiche une ambition chiffrée : le graphique de Rhodium Group indique que l'entreprise vise 3 milliards de dollars de revenus d'ici la fin de l'année. Un objectif qui, s'il était atteint, réduirait l'écart en valeur absolue sans pour autant le combler face à des acteurs américains dont les bases de revenus sont déjà d'un ordre de grandeur supérieur.
Des valorisations qui racontent une autre histoire
La comparaison se retourne lorsqu'on examine les multiples de valorisation. DeepSeek se traite à 163 fois ses revenus annualisés, Moonshot à 50 fois. OpenAI, malgré son avance commerciale écrasante, n'est valorisé qu'à 34 fois ses revenus ; Anthropic à 21 fois seulement.
Cet écart s'explique en partie par la structure des marchés : les acteurs chinois, moins exposés à des revenus récurrents massifs, bénéficient de primes de croissance anticipée et d'un contexte de rareté des comparables cotés. Mais il traduit aussi une prise de risque spéculative élevée sur des modèles dont la monétisation reste embryonnaire. Un multiple de 163 fois les revenus pour DeepSeek signifie que le marché parie sur une trajectoire de croissance très agressive, sans que les fondamentaux actuels ne la valident encore.
Côté américain, les multiples plus bas reflètent paradoxalement la maturité commerciale : plus les revenus sont réels et massifs, plus le marché les actualise sobrement. Anthropic, avec 65 milliards de dollars de revenus annualisés et un multiple de 21 fois, illustre cette logique. OpenAI, à 34 fois des revenus de 40 milliards, se situe dans le même registre de valorisation ancrée dans des flux tangibles.
Sur les marchés de prédiction, Anthropic est donnée à 100% de chances d'être valorisée plus haut qu'OpenAI en 2026, une asymétrie qui tient à la trajectoire de croissance d'Anthropic plutôt qu'à un retournement de la domination commerciale d'OpenAI. Par ailleurs, la probabilité qu'OpenAI et Anthropic réunis dépassent Google en valorisation au 31 décembre est cotée à 22%, tandis que la même paire face à Microsoft ressort à 50%. Ces cotes replacent les deux acteurs américains dans un paysage concurrentiel plus large, où leur domination sur les modèles chinois ne suffit pas à garantir la première place absolue.
La domination en revenus des acteurs américains ne fait pas débat : c'est le prix de la prime de valorisation accordée aux challengers chinois qui reste, lui, entièrement à justifier par des résultats commerciaux futurs.











