Un texte bipartisan qui redéfinit la réserve stratégique
Porté conjointement par Nick Begich (R-Alaska) et Jared Golden (D-Maine) à la Chambre des représentants, l'American Reserve Modernization Act (ARMA) marque un tournant net par rapport aux ambitions initiales. Fini l'objectif d'acquérir un million de bitcoins. Le texte privilégie une approche budgétairement neutre, sans achat direct sur les marchés.
Concrètement, l'ARMA prévoit plusieurs leviers d'alimentation de la réserve : conversion d'actifs non-bitcoin déjà détenus par l'État fédéral, revalorisation des certificats or, produits des confiscations judiciaires, recettes douanières et partenariats avec les États fédérés. Aucune dépense nouvelle. C'est le principe cardinal du texte.
La contrainte de détention est radicale : tout bitcoin versé dans la réserve serait verrouillé pendant vingt ans, avec interdiction absolue de vendre, d'échanger ou de mettre en garantie. Passé ce délai, le secrétaire au Trésor pourrait recommander de céder jusqu'à 10 % de la réserve par tranche de deux ans.
Un marché qui sanctionne immédiatement
La réaction des marchés a été brutale. Le bitcoin a chuté sous les 75 000 dollars dans les heures suivant la diffusion du texte, entraînant plus de 871 millions de dollars de liquidations de positions longues en vingt-quatre heures. Le signal est clair : les investisseurs avaient intégré dans les prix une demande institutionnelle massive de la part de l'État américain.
L'abandon de l'objectif chiffré retire ce catalyseur. La neutralité budgétaire, vertu politique indéniable pour faire passer le texte au Congrès, se traduit mécaniquement par une accumulation lente et conditionnelle, très loin des volumes qu'anticipait le marché.
La question qui se pose désormais est celle de la portée réelle du dispositif : une réserve alimentée par des confiscations et des réévaluations comptables restera modeste à court terme. L'ARMA pose un cadre juridique solide, mais sans engagement d'achat, son impact sur l'offre circulante de bitcoin sera marginal. Le texte doit encore franchir les étapes législatives habituelles avant toute entrée en vigueur.







