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SoftBank perd 10,72% en une séance, et son multiple de 6,80 fois ne dit pas tout

SoftBank perd 10,72% en une séance, et son multiple de 6,80 fois ne dit pas tout

Publié par le 9 min de lecture
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SoftBank Group (9984) a perdu 10,72% en une séance à Tokyo lundi, après l'appel des dirigeants d'Anthropic et d'OpenAI à ralentir le développement de l'intelligence artificielle. Le titre abandonne désormais 35,65% depuis son plus haut des cinquante-deux dernières semaines, et le multiple qui le fait paraître bon marché ne mesure pas ce qu'il semble mesurer.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionNégatif
IntensitéModérée
Horizon6-12 mois
Ce que ça toucheValeur du portefeuille, levier

Ce qui s'est passé

Dario Amodei, directeur général d'Anthropic, a appelé l'industrie à ralentir le développement des modèles les plus avancés pour des raisons de sécurité. Sam Altman, directeur général d'OpenAI, l'a soutenu. Le même week-end, dans un entretien à Fortune publié samedi, Altman a indiqué qu'OpenAI n'entrerait pas en Bourse cette année.

Ce second point compte au moins autant que le premier pour l'actionnaire de SoftBank. Le groupe est l'un des principaux investisseurs d'OpenAI, et une introduction en Bourse est le moment où la valeur d'une participation cesse d'être une estimation pour devenir un prix de marché encaissable. Ce rendez-vous est repoussé. Pour un actionnaire de SoftBank, une introduction en Bourse de sa plus grosse participation aurait deux effets : elle fixerait un prix incontestable, et elle ouvrirait une porte de sortie. Les deux attendront.

SoftBank, pour situer, ce n'est pas une entreprise de technologie au sens habituel. C'est un opérateur télécoms japonais doublé d'une immense société d'investissement, dirigée par Masayoshi Son, qui détient des participations dans des centaines de sociétés non cotées. Sa valeur dépend donc moins de ce qu'elle vend que du prix auquel le marché valorise ce qu'elle possède.

La séance avait un second moteur, extérieur à l'intelligence artificielle. Le Brent a gagné 3,2% à 107,94 dollars le baril après la fermeture d'un oléoduc saoudien à la suite d'attaques, ce qui a pesé sur l'ensemble des marchés asiatiques. Le groupe a donc encaissé deux chocs le même jour, l'un sur ce qu'il détient, l'autre sur le climat général. Un pétrole plus cher pèse sur l'appétit pour le risque en général, et les valeurs les plus exposées à la croissance future sont les premières à en souffrir.

Cours de l'action SoftBank sur deux ans, en forte hausse jusqu'au printemps 2026 puis en repli marqué depuis l'été.
Un tiers de la valeur effacé depuis le plus haut, et une séance qui accélère le mouvement.Source : séances quotidiennes sur deux ans

Ce que le prix incorpore déjà

Le titre se paie 6,80 fois les bénéfices publiés, contre 17,02 pour la médiane de son sous-secteur des télécommunications sans fil, qui regroupe 47 sociétés. À première vue, l'action est à moitié prix.

Ce chiffre ne mesure pourtant pas ce qu'il prétend mesurer. La marge d'exploitation de SoftBank est négative, à -5,43%, quand la médiane du sous-secteur dégage 16,29%. Autrement dit, l'activité elle-même ne gagne pas d'argent. La marge nette, elle, atteint 61,37%. L'écart entre les deux ne peut venir que d'ailleurs : de la revalorisation comptable des participations.

Concrètement, quand une société détenue par SoftBank lève des fonds à une valorisation plus élevée, le groupe inscrit un gain dans ses comptes, sans avoir rien vendu ni encaissé. Quand cette même société vaut moins, le mouvement joue dans l'autre sens. Le bénéfice publié est donc, pour l'essentiel, une opinion de marché convertie en ligne comptable.

C'est exactement la ligne que la séance de lundi vient de remettre en cause. Quand le marché revoit à la baisse le prix des actifs liés à l'intelligence artificielle, il ne touche pas aux ventes de SoftBank : il touche à la valeur de ce que SoftBank détient, donc à la source réelle de son bénéfice.

L'instabilité de cette ligne se mesure. L'écart-type de la marge du groupe atteint 35,09 points, et la série parle d'elle-même : marge nette de -27,98% sur l'exercice 2022, -15,31% en 2023, -3,71% en 2024, 15,66% en 2025, puis 63,90% sur le dernier exercice. Quatre changements de signe en cinq ans. Juger une telle société sur le multiple d'un seul exercice revient à prendre pour une tendance ce qui n'est qu'une photographie.

Le calcul habituel qui part du cours pour remonter à la performance nécessaire n'est pas exploitable ici, la société consommant de la trésorerie par construction. Le repli est de comparer le titre à sa propre histoire : il se situe au 48e centile de sa distribution sur cinq ans, donc au milieu de sa plage habituelle. Après une baisse d'un tiers, ce n'est pas un titre soldé : c'est un titre simplement revenu au milieu de la fourchette de valorisation qui est la sienne depuis cinq ans. Le détail du score par dimension reprend le dossier pilier par pilier.

Marge nette annuelle de SoftBank, très négative jusqu'en 2024 puis fortement positive sur les deux derniers exercices.
Quatre changements de signe en cinq ans : c'est la revalorisation des participations qui pilote ce résultat.Note : marge nette annuelle, exercices clos fin mars.Source : comptes annuels de SoftBank Group

Ce que le marché en fait déjà

Le cours ressort à 5 839 yens, contre 6 540 yens à la clôture du 11 septembre. Il se situe 35,65% sous son plus haut des cinquante-deux dernières semaines, et à 43,34% de sa fourchette annuelle, comprise entre 3 365 et 9 074 yens. La correction est donc sévère sans ramener le titre près de son point bas.

Le consensus, lui, offre le spectacle le plus parlant du dossier. Les 19 analystes qui suivent la valeur affichent un objectif moyen de 7 750 yens. Mais leurs cibles individuelles s'étalent de 3 140 à 11 100 yens : la plus basse vaut à peu près la moitié du cours actuel, la plus haute à peu près le double.

Une telle dispersion ne se rencontre pas sur une société d'exploitation, où chacun modélise le même chiffre d'affaires à quelques pourcents près. Elle est la signature d'une société de portefeuille : personne ne conteste les ventes, tout le monde diverge sur ce que valent les participations. L'objectif moyen n'apprend donc pas grand-chose : c'est la largeur de la fourchette qui porte l'information.

C'est aussi pourquoi une séance comme celle de lundi frappe si fort. Sur une valeur dont le prix dépend d'une estimation, un changement d'humeur sur l'actif sous-jacent se transmet immédiatement, sans avoir besoin de passer par un résultat trimestriel.

Cette mécanique fonctionne aussi à la hausse, et c'est ce qui explique le parcours des mois précédents. Ce qui change avec une séance comme celle de lundi, ce n'est pas la nature du titre, c'est le sens dans lequel la mécanique tourne, et la rapidité avec laquelle un avis exprimé par deux dirigeants du secteur se transforme en points de pourcentage. Aucun chiffre publié par SoftBank n'a changé ce week-end, et pourtant un dixième de sa valeur en Bourse a disparu en une séance.

Position du cours de SoftBank dans sa fourchette des cinquante-deux dernières semaines, au milieu de l'amplitude.
Après une baisse d'un tiers, le titre se situe à 43,34% de sa fourchette annuelle, pas sur son point bas.Source : cours au 14 septembre 2026

Le point de bascule

Le prochain rendez-vous est la publication du 11 novembre, une date encore estimée. Ce qu'il faudra y regarder n'est pas le chiffre d'affaires, mais la valeur que le groupe attribue à son portefeuille, et le niveau de son endettement, les deux étant liés.

Le scénario défavorable est celui du levier. L'endettement représente 22,00 fois l'excédent brut d'exploitation, contre 1,88 fois pour la médiane du sous-secteur, et la trésorerie ne couvre que 22,34% de la dette totale. Quand la valeur des actifs baisse pendant que la dette reste fixe, ce rapport se dégrade sans qu'aucune décision soit prise.

Le scénario favorable tient à ce que le groupe sait faire. Son rendement du capital investi ressort à 15,36%, contre 7,56% pour la médiane du sous-secteur. Une baisse des valorisations est aussi un prix d'achat plus bas pour un investisseur qui a les moyens d'en profiter.

Tant que l'appel à ralentir l'intelligence artificielle pèse sur le prix des sociétés non cotées et que l'introduction en Bourse d'OpenAI reste repoussée, le multiple de 6,80 fois les bénéfices reste une illusion d'optique. Si la publication du 11 novembre montre un endettement contenu et des valorisations qui tiennent, le même cours redevient celui d'un investisseur qui rend deux fois mieux que ses pairs le capital qu'il engage.

Rapport entre l'endettement de SoftBank et son excédent brut d'exploitation, très élevé sur les derniers exercices.
C'est ce rapport, et non le chiffre d'affaires, qui se dégrade quand la valeur des actifs baisse.Note : endettement rapporté à l'excédent brut d'exploitation, sur la base de la dette brute déclarée par la source.Source : comptes annuels de SoftBank Group

Les données, en clair

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