Le 31 octobre 2015, The Economist met la blockchain en couverture. Pas Bitcoin, pas la spéculation, pas les hackers en capuche. La technologie elle-même, sobrement titrée « The Trust Machine ».
L'establishment ouvre les yeux
En octobre 2015, Bitcoin tourne autour de 311 $. Six ans après le whitepaper de Satoshi, la crypto reste un sujet de niche, associé au dark web et à Mt. Gox. Puis The Economist, bible de la finance mondiale, consacre sa couverture à la blockchain. L'éditorial ne mâche pas ses mots : la technologie pourrait être bien plus importante que Bitcoin lui-même. Le dossier qui suit, plusieurs pages, détaille comment des smart contracts pourraient court-circuiter banques, notaires, assureurs. Ethereum vient tout juste d'être lancé en juillet. Le timing est parfait.
Le message est clair : ce n'est plus un délire de cryptographes. C'est une infrastructure sérieuse, et les gens sérieux feraient bien de s'y intéresser.
Le signal que personne n'attendait
La communauté crypto réagit immédiatement. Sur les forums, dans les salles de conf des startups, chez les régulateurs qui observaient de loin sans cadre clair. Le prix du bitcoin clôture à 311 $ le jour J, puis remonte à 322 $ le lendemain, 385 $ une semaine plus tard, soit +23,7 % en sept jours. Difficile d'attribuer ça uniquement à une couverture de magazine, mais le timing parle.
L'article lie aussi la blockchain à la méfiance post-2008 envers les banques. Pas anodin dans un journal lu par les banquiers eux-mêmes. C'est peut-être la première fois que l'establishment financier se retrouve à lire, dans son propre média de référence, que des intermédiaires comme lui pourraient devenir obsolètes.
Un an plus tard, le bitcoin cote 697 $, soit +124 % par rapport au jour de la couverture. Les grandes banques commencent à monter des équipes blockchain en interne. Certaines pour explorer, d'autres pour surveiller, beaucoup pour ne pas rater le train.
Aujourd'hui à 80 000 $, on mesure mieux ce que cette couverture a représenté : le moment où la technologie a cessé d'être défensive pour devenir offensive.