Points clés
- Environ 90 centres de données dépassant 100 mégawatts sont aujourd'hui en service aux États-Unis, un record historique
- Les projets en cours portent ce chiffre vers 280 d'ici 2030, selon les données de DCByte publiées par le Financial Times au 20 août 2026
- McKinsey chiffre la facture mondiale à environ 6 700 milliards de dollars d'ici 2030, dont 5 200 milliards fléchés vers des sites dimensionnés pour l'IA
- Microsoft, Meta, Amazon, Alphabet et Oracle ont signé collectivement environ 1 090 milliards de dollars de baux non encore démarrés, absents de leurs bilans actuels
- Le marché de prédiction donne 28% de probabilité à ce qu'OpenAI annonce officiellement avoir atteint l'AGI avant 2027
Une course aux infrastructures sans précédent
Le patron de Nvidia a déclaré que l'AGI est arrivée. Pendant ce temps, les États-Unis triplent leur parc de centres de données. Environ 90 sites dépassant les 100 mégawatts sont aujourd'hui en service sur le territoire américain, un record. Les projets en cours portent ce chiffre vers 280 d'ici 2030, selon les données de DCByte publiées par le Financial Times au 20 août 2026. Le graphique publié par le Financial Times illustre cette trajectoire de façon saisissante : la courbe des sites opérants et planifiés dépasse la barre des 200 unités avant 2030, puis s'oriente vers 300, un niveau que rien dans l'histoire récente de l'industrie ne permettait d'anticiper il y a seulement quelques années.
L'ampleur de l'effort financier est documentée par McKinsey : environ 6 700 milliards de dollars d'investissements mondiaux sont attendus d'ici 2030. Sur ce total, 5 200 milliards sont fléchés vers des sites dimensionnés pour l'IA. Les États-Unis captent plus de 40% de l'ensemble. Ce n'est pas une tendance conjoncturelle : c'est une réorientation structurelle de l'économie mondiale vers le calcul intensif. La concentration géographique de ces investissements sur le sol américain signifie que la compétition pour l'énergie, le foncier et la main-d'oeuvre qualifiée va s'intensifier sur un territoire déjà sous tension dans ces trois domaines.
Cette dynamique place des acteurs comme Nvidia, Amazon et Microsoft au coeur d'un cycle d'investissement dont l'ampleur dépasse tout ce que le secteur technologique a connu. La déclaration du patron de Nvidia sur l'AGI n'est pas un simple signal rhétorique : elle s'inscrit dans un contexte où les commandes de puces et les engagements de capacité de calcul se chiffrent en centaines de milliards et où chaque annonce sur l'état de l'intelligence artificielle a des répercussions directes sur les décisions d'allocation de capital.
Le trou noir comptable de 1 090 milliards
C'est le point que les marchés sous-estiment. Microsoft, Meta, Amazon, Alphabet et Oracle ont collectivement signé environ 1 090 milliards de dollars de baux qui n'ont pas encore démarré. Tant que les bâtiments ne sont pas livrés, ces engagements n'apparaissent pas au passif de leurs bilans.
En clair : les états financiers publiés aujourd'hui par ces cinq groupes ne reflètent pas l'intégralité de leurs obligations futures. Ce mécanisme comptable, légal et courant dans l'immobilier d'entreprise, prend une dimension inédite à cette échelle. Quand ces baux entreront au bilan, les ratios d'endettement de certains de ces groupes se dégraderont mécaniquement, même si leur situation opérationnelle reste solide. Les analystes et les investisseurs qui lisent les bilans actuels de Microsoft, Amazon ou Alphabet regardent donc une photographie incomplète : une fraction considérable des engagements contractés est, pour l'heure, hors champ.
Cette opacité partielle n'est pas le fruit d'une manoeuvre : elle découle des normes comptables applicables aux baux non encore entrés en vigueur. Mais à 1 090 milliards de dollars, le volume concerné est suffisamment massif pour modifier l'appréciation du risque bilanciel de ces groupes dès lors que les livraisons de sites s'accéléreront.
Le marché de prédiction donne 28% de probabilité à ce qu'OpenAI annonce officiellement avoir atteint l'AGI avant 2027. Que cette déclaration soit validée ou non, l'infrastructure, elle, se construit déjà à un rythme qui ne laisse guère de place au recul. Les 1 090 milliards de baux signés en sont la preuve comptable la plus concrète.










