Une dette fantôme de 1 090 milliards de dollars
Microsoft, Meta, Oracle, Amazon et Alphabet ont collectivement signé pour 1 090 milliards de dollars de baux destinés à des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Aucun de ces sites n'est encore opérationnel. En vertu des normes comptables américaines (US GAAP), un bail non annulable n'entre au passif qu'au moment où le site devient utilisable : jusqu'à cette date, l'engagement ne figure qu'en annexe des comptes, invisible dans les ratios d'endettement publiés. Ce total représente près de quatre fois les 285 milliards déjà comptabilisés au bilan par ces cinq groupes, selon une enquête du Nikkei Asia.
Oracle concentre à lui seul 260 milliards de dollars d'engagements futurs, soit environ sept fois les 37,89 milliards de dettes locatives inscrites à son bilan. L'agence S&P a d'ailleurs dégradé la note de crédit du groupe, jugeant son levier excessif au regard de ces engagements liés à l'IA. Meta affiche de son côté environ 420 milliards de dollars d'obligations hors bilan, près du triple de sa dette déclarée, en partie via des structures de financement dédiées à des projets comme Hyperion.
Le risque concret si la demande IA ne suit pas
Ces engagements partagent une caractéristique commune : ils sont difficiles à céder. Un centre de données hyperscale conçu pour des charges de travail IA spécifiques ne se revend ni ne se sous-loue facilement. Si la demande en capacité de calcul marque le pas, les loyers restent dus, quelle que soit l'utilisation réelle des infrastructures.
Le mécanisme comptable amplifie l'opacité du risque. Tant que les sites ne sont pas livrés, les engagements dorment en annexe, loin des indicateurs de solvabilité que scrutent analystes et investisseurs. La comparaison avec les pratiques qui avaient précédé la faillite d'Enron, où des obligations hors bilan avaient masqué l'ampleur réelle de l'endettement, circule déjà dans la presse financière spécialisée. L'histoire ne se répète pas mécaniquement, mais le schéma comptable, lui, est identique.
Le marché de prédiction donnait à 99% la probabilité qu'Amazon dépasse 170 milliards de dollars de dépenses d'investissement en 2026, signe que les engagements ne ralentissent pas. C'est précisément ce rythme d'accumulation, combiné à l'absence de visibilité sur la rentabilité des infrastructures IA, qui transforme ces annexes comptables en variable de risque systémique pour le secteur.












