Une banque de 5 300 milliards d'euros s'installe sur la blockchain
Le 1er juillet 2026, CACEIS, la filiale de conservation et de services aux actifs du Crédit Agricole, a annoncé le lancement d'EURXT, un stablecoin libellé en euros émis sur la blockchain Ethereum au format ERC-20. Le token est adossé à l'euro à parité stricte (1:1), les réserves étant détenues directement chez CACEIS Bank. Vingt millions de tokens ont été mis en circulation dès le démarrage, selon le communiqué officiel de CACEIS.
L'ACPR, le régulateur bancaire français, a autorisé l'émission. EURXT est qualifié de jeton de monnaie électronique (EMT) au sens du règlement MiCA, ce qui en fait l'un des premiers stablecoins euro émis par un établissement bancaire systémique sous ce cadre réglementaire européen. Le Crédit Agricole affiche un bilan de 5 300 milliards d'euros : l'entrée d'un acteur de ce poids change l'échelle du débat sur la crédibilité des stablecoins en euros.
Un premier cas d'usage institutionnel : le fonds monétaire d'Amundi
EURXT ne vise pas, pour l'instant, les investisseurs particuliers. La distribution est réservée aux clients institutionnels et aux entreprises de CACEIS. Le premier cas d'usage concret est la souscription on-chain au fonds monétaire tokenisé d'Amundi, une première européenne pour un règlement en stablecoin sur ce type de produit.
Ce choix est révélateur de la stratégie : le Crédit Agricole ne cherche pas à concurrencer les stablecoins grand public comme l'USDT ou l'USDC sur les plateformes d'échange. Il cible le règlement de titres tokenisés, la gestion de trésorerie d'entreprise et les flux interbancaires, des segments où la vitesse de règlement on-chain et la conformité réglementaire constituent un avantage opérationnel direct.
Les banques européennes entrent dans la course aux stablecoins en euros
Le marché des stablecoins reste massivement dominé par des émetteurs libellés en dollars. Le lancement d'EURXT illustre une dynamique que MiCA a rendue possible : des banques agréées peuvent désormais émettre des EMT sans passer par un acteur crypto tiers, avec un cadre de supervision clair côté ACPR et Banque de France.
L'enjeu dépasse CACEIS. Si d'autres établissements bancaires européens suivent la même trajectoire, la compétition pour l'euro numérique ne se jouera pas uniquement entre la BCE et les émetteurs crypto natifs : elle opposera aussi des banques commerciales disposant de bilans, de réseaux de distribution institutionnels et d'une légitimité réglementaire que les émetteurs purement crypto peinent encore à faire valoir auprès des grandes entreprises et des gestionnaires d'actifs. Le marché de prédiction donnait à 10 % la probabilité que les stablecoins atteignent 500 milliards de dollars de capitalisation avant 2027 : l'arrivée d'acteurs bancaires de cette taille pourrait accélérer cette trajectoire côté euro.










