Trois arguments contre l'annulation de dette
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, a répondu directement sur RTL à la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler une partie de la dette française. Sa réfutation tient en trois mots : illégale, dangereuse, inutile. Illégale, parce que contraire aux traités européens. Dangereuse, parce qu'une telle opération crée de l'inflation. Inutile, enfin, parce qu'elle ne réduit pas le déficit budgétaire, qui reste le vrai problème structurel.
L'image diffusée par l'AFP reprend mot pour mot cette formulation, confirmant qu'il s'agit d'une prise de position officielle et non d'une réaction à chaud. Le gouverneur ne laisse aucune ambiguïté sur la position de l'institution.
Une situation "inquiétante" malgré l'écart avec la Grèce
Moulin écarte le spectre d'un scénario à la grecque : l'économie française est, selon lui, "plus solide et diversifiée". Mais il qualifie tout de même la situation d'"inquiétante". La France cumule croissance faible et inflation faible au moment où ses voisins européens suivent la trajectoire inverse, ce qui fragilise la dynamique des recettes fiscales sans alléger mécaniquement la charge de la dette.
Le taux d'emprunt à dix ans dépasse désormais 4,2%, un niveau que la France n'avait pas atteint depuis 2008. Ce chiffre traduit la défiance progressive des marchés obligataires vis-à-vis de la trajectoire budgétaire française, indépendamment de tout débat politique sur l'annulation.
La question d'une mise sous tutelle européenne, posée en filigrane, n'est pas tranchée par le gouverneur. Mais la combinaison d'un coût d'emprunt élevé, d'une croissance atone et d'un déficit persistant dessine un couloir de contraintes qui réduit la marge de manœuvre de tout gouvernement.
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