Un désengagement méthodique depuis le pic de 2013
En juillet 2026, la Chine détenait 618,0 milliards de dollars de bons du Trésor américain, selon les données du Département du Trésor américain (Treasury International Capital, TIC). C'est 53,1% sous le sommet de novembre 2013, où Pékin avait atteint 1 316,7 milliards de dollars. La trajectoire est sans ambiguïté : depuis ce pic, la Chine a réduit ses positions de façon quasi continue, avec une accélération nette après 2022.
Le mouvement de 2025 à 2026 illustre cette dynamique. Les avoirs chinois s'établissaient encore à 760,8 milliards en janvier 2025 ; ils ont glissé mois après mois pour atteindre 618,0 milliards en juillet 2026, soit une baisse de 142,8 milliards sur dix-huit mois. La rupture de 2022 coïncide avec le gel des réserves russes par les pays occidentaux après l'invasion de l'Ukraine, un signal que Pékin a manifestement pris au sérieux pour sa propre exposition aux actifs libellés en dollars.
Des conséquences directes sur le coût de la dette américaine
La demande étrangère pour les bons du Trésor ne disparaît pas : elle change de mains. Les États souverains achètent moins ; les fonds spéculatifs achètent davantage. Ce transfert n'est pas neutre. Un acheteur privé exige une prime de risque que les banques centrales, motivées par des considérations géopolitiques autant que financières, n'imposaient pas au même degré.
Résultat : le rendement à 30 ans a atteint son plus haut niveau depuis près de 20 ans. Washington emprunte donc plus cher sur la durée longue, ce qui alourdit mécaniquement le service de la dette fédérale. Pour les marchés obligataires, la corrélation est directe : une demande souveraine affaiblie pousse les prix des obligations à la baisse et les rendements à la hausse, pénalisant les détenteurs d'obligations longues comme l'ETF iShares 20+ Year Treasury Bond (TLT) et pesant sur le dollar via l'indice DXY.
Le recul de la Chine sous les 618 milliards, niveau inédit depuis 2008 selon la série TIC remontant à mars 2000 (71,4 milliards à l'époque), matérialise un rééquilibrage géopolitique et financier dont Washington supporte désormais le coût en taux d'intérêt.










